23 Juillet : Arrivée de Martin Cellier et Laura Bitoun.

Aujourd’hui arrivent Martin et Laura. Nous les retrouvons à l’hôtel après qu’ils aient passés la matinée en bus pour venir de Marrakech à Agadir. Il est agréable d’être en présence de visages amis. Ces derniers nous apportent le colis tant attendu bien ficelé par Tanguy : c’est un sac à dos contenant nos trois paires de chaussures et un ballon de foot fournis par Adidas. Nous y trouvons également les 500 cartes de visites avec le logo de « MaisVousEtesFoot ! », qui nous permettront de communiquer nos coordonnées de manière plus aisée. Tout s’est passé comme sur des roulettes, mais c’est un vrai soulagement d’avoir ce matériel. Merci beaucoup à Tanguy pour son sens aigu de la logistique ;). Nous pouvons désormais jouer au football sur tous les terrains ! Nous passons la journée sur la plage sous un beau soleil et approfondissons (ou asseyons, ça dépend pour qui) nos connaissances footballistiques grâce au quiz du football (petite dédicace à frérot au passage ;)) Diner ensemble à l’étoile d’Agadir où Thomas et Aurélien goûte pour la première fois au chameau : pas mauvais mais pas grand-chose à se mettre sous la dent…c’est assez gras. Petite soirée tranquille, l’association peaufine le blog pour le mettre en ligne le lendemain inch’allah ! On boit un p’tit whisky marocain avec les deux tourangeaux puis au dodo.

24 Juillet : Départ vers le sud direction Dakhla.

P’tit déj à l’étoile d’Agadir (place du cinéma le Sahara parce qu’on ne l’a pas encore précisé cela…préférez celui-là aux « Mille et une nuits » qui est à côté. Pour la même qualité culinaire, on a un accueil cent fois plus chaleureux. Demander Ahmed comme serveur…) Nous passons une partie de la journée au cybercafé pour mettre en ligne la première chronique et la première partie du blog. Nous allons à la plage retrouver Martin et Laura, mais nous ne les trouvons pas. Nous tombons finalement par hasard sur qui ? Bah, sur Benoît qui contemple l’horizon, une marquise au coin des lèvres. C’est assez marrant ça, on ne se donne jamais de rendez-vous avec ce garçon et pourtant nous nous retrouvons toujours au coin d’une rue ou à la terrasse d’un café…

Benoît nous entraine dans la débauche

Nous retrouvons finalement Martin et Laura à l’hôtel juste avant de partir prendre le bus CTM pour Dakhla. On se fait tous des bisous et on prend une photo souvenir. Merci beaucoup à tous les deux et que le Maroc continue à vous enchanter comme il l’a fait avec nous.

Dans le car, on rencontre dès le départ deux Mauritaniens et un Marocain qui travaille à Nouakchott. Ce dernier nous invite chez lui, nous verrons si on l’appelle inch’allah ! En tous cas, ça reste un bonheur de prendre la route et de découvrir un lieu nouveau. Il est, pour l’instant, plus facile de partir que de rester dans les lieux visités. Nous sommes happés par l’aventure.

Départ d’Agadir à 20h30. Nous arrivons le lendemain à 16h00, cela fait 20h00 de bus. La route menant à Laayoune (ville médiale du trajet) semble jolie, mais nous la prenons de nuit…arrivés dans les environs de Tan-Tan, nous rencontrons notre premier contrôle de sécurité et la première prise de passeport par les autorités. Attente dans un état de mi-veille/mi-sommeil puis on repart. Nous croiserons une dizaine de barrages de ce type jusqu'à Laayoune, seuls les deux mauritaniens et les trois français se font contrôler systématiquement. Cette petite ville qui émerge au milieu du désert rocailleux paraît en pleine expansion, si l’on en juge aux nombreux chantiers en cours. Ici, on ressent les tensions géopolitiques qui animent le Sahara occidental depuis plus de 50 ans. En trente minutes d’arrêt, nous croisons trois voitures de l’ONU (UN et UNHCR) ainsi que des véhicules de la sécurité nationale et de la gendarmerie royale. Des visages de Mohammed VI trônent en grand format tout le long de la route, ainsi que des dizaines de drapeaux marocains. Le Maroc semble vouloir montrer qu’il est le maître des lieux ici…Nous poursuivons la route.

Désert Agadir Dakhla

Plus que 10h00 avant l’étape finale. La route infiniment droite reliant Laayoune à Dakhla est d’une beauté époustouflante. Du côté gauche, vous admirez un désert rocailleux qui s’étend au-delà de l’horizon, parfois entrecoupé de grandes dunes de sable immaculées aux courbes enchanteresses (Aurélien et sa pseudo poésie) et autour desquelles paissent des troupeaux de dromadaires. Parfois deux bonshommes semblant là par hasard surgissent des rares buissons présents.

Sahara

Sur votre droite, pendant les trois-quarts du voyage, vous admirez l’écume de l’Atlantique qui trahit un océan agité venant s’échouer sur les falaises escarpées. L’eau est d’un bleu turquoise près de la côte et fait penser à la couleur de certaines lagunes insulaires. Puis la couleur se forcit à mesure qu’elle s’éloigne.

Arrivée à Dakhla. L’isthme qui amène à cette presqu’île vaut vraiment le détour. Une plage gigantesque précédée d’un désert blanc et l’Atlantique qui vient se perdre dans les criques ciselées : un beau spectacle. On comprend pourquoi c’est un spot (récent) de surf et kyte (j’en connais qui pourraient être intéressés…).

Dakhla

Après un sandwich confectionné par un serveur aux cheveux gras, à la peau suintante et à la moustache douteuse, nous trouvons, ou plutôt Aziz nous trouve. Aziz, c’est La personne qu’il faut connaître à Dakhla. Nous avons de la chance ! Il a 57 ans, a beaucoup voyagé et connaît Dakhla comme sa poche. Grâce à lui nous trouvons un chauffeur qui part en Mauritanie demain et nous propose le voyage jusqu’à Nouadhibou à 300 DH par tête. Il faut savoir qu’il n’y a pas de bus qui va en Mauritanie, c’est soit le taxi collectif, soit un transporteur de marchandises. Ensuite nous prendrons un bus pour Nouakchott, c’est une bonne chose de réglée ! « A Dakhla, pas de bla-bla » vous dira Aziz : tu arrives et tu trouves vite un moyen pour partir en Mauritanie, ce qui n’est pas toujours chose aisée. Aziz nous dit que son fils est un mordu de foot et va le solliciter pour organiser un match ce soir inch’allah ! En attendant, il nous amène dans une « agence immobilière » où nous rencontrons trois hommes en train de prendre l’apéritif autour d’une table. Il y a un douanier dans le groupe et c’est lui qui sert les verres. Il vient de Casablanca et a été gardien de but en première division. Il ne tarit pas d’éloge sur le foot à Casa et nous fait bien comprendre que si on ne passe pas dans sa ville, nous n’aurons rien vu du foot marocain. Les trois personnages sont extrêmement volubiles sur le foot et nous assistons à un véritable brainstorming sur notre tour du monde. Les fils d’Aziz (Saïd et Hussein) arrivent. Nous les suivons pour entamer cette partie de ballon rond alors qu’il est déjà plus de minuit…C’est en face de la grille du stade, sur la route, que se déroule le match. La surface est éclairée au trois-quarts par un lampadaire distillant une lumière orange. Deux buts sont posés par Saïd et ses copains. Il faut donner 5 DH pour participer, il y a du challenge ! S’en suit un match complètement déstructuré avec des joueurs techniques mais sans aucun sens du collectif. Il y a beaucoup de revendications, de gueulantes et d’agitation. Nous n’avons pas dormi depuis 24h, c’est un doux bordel ! Nous nous couchons à 3h. Demain, il faudra se lever à 7h30 pour le grand départ…

26 Juillet : De Dakhla à Nouadhibou.

Décalage horaire oblige, nous nous réveillons en retard. Et oui il y a une heure de plus dans le Sud du Maroc, on n’avait pas été prévenu….Nous retrouvons le Mauritanien et le Nigérian qui ont voyagés avec nous dans le bus et qui dormaient au même hôtel. Installation dans la camionnette assez spacieuse, ces deux derniers font 10 km avec nous. A l’avant il y a le chauffeur Ahmed, un mauritanien, ainsi que Romain et Thomas. A l’arrière, un tapis accueille une vieille femme, un jeune Mauritanien ainsi qu’Aurélien, allongé entre les bagages et les marchandises.

En route vers la Mauritanie

Seul au monde

Après 4h00 de route et quelques contrôles de sécurité, nous atteignons la frontière Maroc/ Mauritanie. 1er arrêt. Il fait une chaleur étouffante, le soleil du désert nous montre sa puissance, tandis que la petite brise rafraîchissante reste très timide. L’attente est longue, nous observons les camions, arrêtés par les douaniers, l’un vomissant des gobelets en plastique, l’autre des pastèques géantes, celui-là des cartons multiformes. La douane oblige les chauffeurs à vider toute leur cargaison pour ensuite la recharger, un travail très long…

En route vers la Mauritanie 02

En route vers la Mauritanie 03

En route vers la Mauritanie 04

Après avoir attendu une heure (ce qui est à priori correct) pour obtenir le fameux tampon, nous mettons les voiles tandis que les filets retenant les marchandises des camions attendent encore d’être attachés. Nous traversons alors un no man’s land, une langue de terre aride de 5 km n’appartenant à aucune nation et où jonchent détritus et carcasses de voitures à la pelle. Certaines d’entre elles ont probablement sautées sur une des innombrables mines anti-personnelles semées au hasard sur cette terre abandonnée lors de certains conflits. Apparemment, de nombreuses petites bombes n’ont jamais été découvertes… attention donc.

Prison Break

No man's land

2ème arrêt : la frontière côté Mauritanie. Passage express et beaucoup plus aisé. Nous nous faisons accueillir par un gendarme à l’allure tranquille qui nous sert tous la main et particulièrement celle d’Aurélien, qu’il secoue avec vigueur tout sourire car il trouve la poigne un peu molle à son goût. Il jette un coup d’œil furtif dans la camionnette, nous pose deux-trois questions et nous souhaite la bienvenue en Mauritanie. A l’arrière de la camionnette, la porte coulissante grande ouverte, nos yeux découvrent les premiers passages du deuxième pays de notre périple. Etendues arides faites de déserts caillouteux et de déserts blancs, visages souriants et saluts de la main le long de la route, une atmosphère sereine plane ici, nous nous sentons bien.

Camel trophy

Nous arrivons au camping Abba et sommes accueillis par Baba, l’homme à tout faire, un garçon de notre âge qui est aussi bien guide dans le désert que groom ou cuisinier. Cette adresse nous a été conseillée par Aziz, le guide de Dakhla. La chambre, à 6 euros chacun (2000 Ouguiyas) est pourvue de trois lits, d’une douche et de toilettes, c’est un véritable luxe ! Un peu déphasés et tiraillés par la faim, Baba nous propose de préparer un tajine de mouton, nous acceptons avec joie. Pour cela il doit aller chercher les ingrédients nécessaires au marché, nous en profitons pour faire une petite ballade. Le cuissot de mouton est acheté à la boucherie de quartier qui semble d’un autre temps : quelques planches de bois pour les murs, une bâche en plastique pour le toit tandis qu’un impressionnant essaim de mouches s’affaire autour de la viande. Le boucher s’efforce sur un rythme régulier et permanent de chasser ces insectes indésirables à l’aide d’un éventail à manche. Nous prenons également quelques fruits. Le tajine se révèle délicieux et satisfait notre appétit mis à mal durant ces derniers jours de transport où les sandwichs au kiri (petite dédicace à Guitou ;)) et les madeleines composaient notre menu. Ce soir là, nous rencontrons Moussa, un ancien du FC Nouadhibou, il est interviewé, enregistré, filmé. Il est maintenant capitaine de son équipe composée d’anciens joueurs, le FC flash. C’est avant tout un passionné qui consacre toutes ses journées au football. Il travaille le matin et de 16h à 22h, il se consacre entièrement au football : entraînement, conseils aux jeunes footballeurs, achat de matériel quand la bourse le permet etc.… Plus tard, nous rencontrons des français logeant au camping. Ce sont des jeunes agriculteurs membres d’Emmaüs, qui portent un programme visant à soutenir une politique d’autosuffisance alimentaire au Burkina-Faso. Les agriculteurs Burkinabés viennent en France et les français vont au Burkina, cela fait plusieurs années que l’échange existe, c’est un beau programme de développement durable. Ereintés, nous nous couchons dans notre lit douillet et notre chambre de luxe…beaux rêves en perspective.

27 Juillet : Départ pour Nouakchott.

Baba devait nous réserver un taxi le matin afin de partir à Nouakchott vers 9h30, mais à 10h30, il dort encore…et il a bien raison d’ailleurs… le temps est ici à prendre avec un autre système de valeurs et le sommeil est sacré. Vu la dureté du climat, il vaut mieux se réveiller en forme. Finalement, notre départ pour la capitale se fera à 11h30, en taxi collectif. Les bus ne se prennent que l’après-midi et nous ne pouvons nous permettre d’arriver à 2H00 du matin à Nouakchott. Cependant, il aurait peut être été préférable de partir en bus, car nous sentons que les 470 km nécessaires pour relier les deux villes vont se révéler particulièrement sportives.

Taxi collectif ou l'enfer...

En effet, nous sommes sept dans une Mercedes 190 soit trois personnes à l’avant : le chauffeur, Thomas et Aurélien sur le siège passager et Romain avec trois autres personnes à l’arrière, autant dire que les qualificatifs, serrés, comprimés, entassés ne sont que des euphémismes dans le cas présent… Au début ça va, personne ne bouge et tout se passe bien puis au bout d’une dizaine de kilomètres, quelques points sensibles se font ressentir. Ces derniers se situent dans les hanches pour l’un ou plus bas pour celui qui a l’attache de la ceinture de sécurité mal placée…enfin nous n’avons que 6h00 à tenir… Pour changer, nous croisons plusieurs postes de contrôles policiers, avec les formalités administratives qui en découlent… Ici, pas de conflits apparents comme pour le Sahara occidental, mais il existe une expansion du trafic des drogues dures en provenance d’Afrique noire vers l’Europe. Alors, les contrôles se multiplient.

Aurélien arrête de fumer...

Le paysage est assez extraordinaire, nous roulons sur une route qui a été construite en plein désert il y a seulement quatre ans. Avant, il fallait 3 à 4 jours pour relier la capitale économique (Nouadhibou) à la capitale politique (Nouakchott). L’erg est ponctué de quelques dunes de sables orangées dont les liserés courbes et parallèles semblent avoir été tracés par un jardinier japonais. Au km 235, ce qui représente la moitié du chemin, une station d’essence, aux murs rouges et qui semble lutter constamment contre les vagues de sable, accueille les voyageurs. Nous en profitons pour nous dégourdir les jambes et acheter des paquets de biscuits avec le peu d’argent que nous avons. Les dunes sont plus hautes et plus présentes dans la deuxième partie du chemin. Quelques cabanes sommaires tranchent dans cette étendue uniforme. Nous croisons deux postes de police avant l’arrivée à Nouakchott, plus que 10 km et nous serons libérés de notre carcan automobile !

Tableau de bord du taxi...

Notre rendez-vous se situe à l’hôtel du stade olympique où nous devons rencontrer Moustapha Mohammedou, notre contact en Mauritanie. Cet hôtel fut construit au sein du complexe olympique juste en face du stade Olympique, un des deux stades de la ville. Quelques minutes après notre arrivée, c’est un homme jeune, tout sourire, à l’allure dynamique et au caractère tranquille qui vient à notre rencontre. Nous prenons connaissances de nos appartements. Et oui ! Moustapha nous a réservé deux chambres avec douche, toilette et climatisation, c’est une très bonne surprise ! Cette personne avec qui nous n’avions été en contact que par mail, de nombreux mois avant notre départ, semble avoir tout prévu pour que nous nous sentions à notre aise. Et c’est réussi ! Il nous amène casser la croûte dans un petit restaurant « Le petit café ». L’intérieur a une allure de café occidental : photos de films américains, écrans plats diffusant des clips musicaux et fraîcheur intense. Ce moment de confort fait du bien. Moustapha nous annonce la couleur : hébergement et restauration gratuite pendant le séjour comme il nous l’avait annoncé par Internet. Nous sommes assez gênés de cette hospitalisation très généreuse. Romain et Aurélien vont courir dans le stade avec Moustapha. Nous nous décrassons en somme. Le soir, nous établissons le programme de la semaine dans le bureau moderne de Moustapha. Il nous montre également les vidéos des dernières éditions du challenge Mohamed Sidi Abbas, dont il est le coordinateur. On réalise alors le travail énorme que cela représente : 91 sélections, 32 matchs par week-end, feux d’artifices saut en parachutes *, concerts lors des soirées d’ouverture, c’est titanesque ! Nous rencontrons aussi le « général » un ami de Moustapha qui participe à la préparation du challenge. Un homme important mais qui n’a pas perdu pour autant son sens de l’humour très aiguisé ! Bref, ici nous sommes nourris, logés et fréquentons les hautes sphères de la Mauritanie. Le sentiment est double, d’un côté c’est extrêmement agréable et confortable et de l’autre côté, c’est aussi passer à côté de la Mauritanie authentique. Peut être n’est ce pas un mal dans cette contrée…

Stade Olympique de Nouakchott