Le 28 Juillet 2008 :

Réveil à 10 heures, Moustapha nous attend au petit café. Après une nuit hyper appréciable et un excellent petit déj, c’est une matinée studieuse qui nous attend. Nous réalisons l’interview de l’ancien sélectionneur national, Mustapha Sall ; l’interview du soigneur de l’équipe nationale (Camara Sagna) ainsi qu’un débat animé avec 3 anciens internationaux et un entraîneur. Tout cela se déroule au sein des bureaux de Moustapha. Une omelette à 15h et une petite sieste passées, nous assistons à un match amical entre l’ASAC Concorde (club victorieux du championnat cette année et coaché par Moustapha Sall actuellement) contre son équipe dirigeante dans le « Stade de la capitale ». Il y a un terrain synthétique ici tout comme au « Stade olympique ». Les chétives tribunes sont remplies au tiers, mais les personnes présentes vivent intensément le match. Le score sera de 6-1 pour les joueurs du club, résultat somme toute logique. Après cette journée chargée, nous voila remplis d’images, de son et de fatigue. Moustapha avec sa générosité et sa chaleur humaine extraordinaire, nous invite à boire un verre chez lui et nous projette quelques vidéos sur le football, dont un reportage de TF1 (notre sponsor le plus aidant…) où l’on voit Jean Claude M’Bvumin, le président de Culture Foot Solidaire, expliquant l’activité de son association. Le Général est présent et avec lui, ce sont les fous rires qui s’enchaînent.

Le 29 Juillet 2008 :

La matinée se déroule au bureau de Moustapha, mais la connexion Internet ne marche pas, elle ne fonctionnera d’ailleurs pas du tout ce jour. En début d’après midi, rencontre avec le secrétaire général (l’homonyme Mauritanien d’Aurélien) de la fédération de football des Mourabitounes. C’est ensuite le match FC Nouadhibou / garde militaire qui nous attend au stade de la capitale. Le secrétaire général de l’association « MaisVousEtesFoot ! » ne peut assister qu’au premier quart d’heure de la rencontre, car c’est à son tour de connaître les joies de la turista. En serrant les fesses, il se dépêche d’héler un taxi en direction de l’hôtel, les toilettes du stade étant dans un état ineffable (petite nature). Au sortir de son sommeil léthargique, il retrouve Romain et Thomas, la caméra au poing, filmant cruellement son état maladif. Ayant proposé la veille ses services de kiné aux joueurs du FC Nouadhibou, Aurélien se voit soigner une entorse bénigne du genou : séance massage et strapping dans la suite de l’hôtel. Fuites dans la salle de bain avec flaque permanente au pied du lavabo, matelas au sol n’ayant pas été soulevé depuis des lustres, moquette douteuse, la suite de cet hôtel ne porte pas très bien son nom. Toujours est-il qu’il y a un lit spacieux, une climatisation, et que nous sommes logés gratuitement, alors finalement nous baignons plutôt dans le luxe ! Elle est pas belle la vie ?

Le 30 Juillet 2008 :

Matinée blog+chronique au bureau de Moustapha. Il suffit de 5 minutes de taxi pour y accéder en venant de l’hôtel (compter 300 Ouguiyas = 0,9 euros). Très souvent, les taxi drivers sont Sénégalais ou Guinéens et conduisent des Mercedes 190 déglinguées, à la limite de la casse. Ça reste en tout cas le meilleur moyen pour se déplacer dans cette ville et à toute heure de la journée, les conducteurs étant en général super posés, zen et très souriants. La circulation reste cependant amphigourique, il y a quatre voies sur une route : les deux files qui conduisent du bon côté et les autres roulant à contresens…Les klaxons fusent, les pots d’échappement fument comme des cheminées d’usine et beaucoup manquent de se rentrer dedans. Heureusement, le 1er Février 2008, le code de la route a été validé et mis en pratique, cool ! Nous accédons, en taxi donc, au stade de la capitale afin d’observer l’entraînement des jeunes du centre de formation. Nous discutons longuement avec Bace Samba, ancien gardien de l’équipe nationale (un des deux meilleurs dans l’histoire du foot Mauritanien pour Moustapha), maintenant entraîneur des gardiens et entraîneur de l’équipe nationale A’.

Le 31 Juillet 2008 :

Après avoir profité de l’eau matinale (il n’y en a plus à partir de 18 h) pour laver nos petits corps musclés, c’est une matinée Internet qui nous attend dans les bureaux de Moustapha. Nous disposons de deux ordinateurs et la connexion fonctionne aujourd’hui, nous sommes comblés.

16h30 : rendez-vous avec David, un des nombreux contact de Moustapha. Il sera notre guide au sein d’un des quartiers les plus sensibles de Nouakchott, le quartier d’El-Mina.

El-Mina

El-Mina

Un stade de quartier a été construit dans ce 6eme arrondissement, nous allons donc le visiter. Se découvre alors une enceinte close par un mur de parpaings criblé de nombreux trous, dont certains laissent assez d’espace pour observer la plage à quelques pas de là. C’est une foule de petits d’hommes qui nous accueillent se massant petit à petit autour de nous, curieux de voir notre caméra et l’appareil photo que nous apportons.

Joueurs d'El-Mina again

Beaucoup de photos sont prises, alors que pour la vidéo, Aurélien connaît un problème de manipulation ; ne laissant que pour seules traces de cette visite quelques petites séquences mais surtout des films de pied et de sable…dommage ! Mais c’est en filmant que l’on devient cameraman. (Rectification : Thomas et Romain tiennent à préciser que c’est Aurélien qui s’occupe de la rédaction du blog, aussi, il lui arrive de manquer d’objectivité. Concernant les vidéos d’El-Mina, il faut préciser que notre secrétaire général a loupé probablement l’un des meilleurs moments de notre voyage : chaque fois qu’il pensait filmer, il était en pause. Chaque fois qu’il pensait être en pause, il filmait…)

Les joueurs du 6ème

Suite à cette sympathique visite, nous retrouvons Moustapha et rebelote pour le boulot sur Internet. Le soir, nous partons pour notre première soirée Mauritanienne direction le V.I.P. Une boîte de nuit ambiance dancefloor, afrobeat et avec coca-cola à foison. En effet, ici la consommation d’alcool est prohibée. Nous passons une excellente soirée.

Le 1er Août 2008 :

Matinée reposante avec sieste à rallonge dans l’hôtel du stade olympique. Aujourd’hui nous sommes Vendredi, ce qui équivaut à notre dimanche français. La vie tourne donc au ralenti et nous avec. En milieu d’après-midi, nous retournons dans le quartier d’El-Mina assister à un match de l’équipe féminine et rencontrer Ciré Ba, un personnage extraordinaire qui dévoue corps et âmes à la jeunesse de sa circonscription. « Papa », comme on l’appelle ici, a mis sur pied depuis 3 ans une équipe de football féminine avec l’aide d’un banquier du quartier. Comme il le dit lui-même, ce qu’il a entrepris, « c’est costaud ». Dans la République islamique de Mauritanie, le sport féminin n’est pas monnaie courante.

Jeunes joueurs d'El-Mina

Les stars du quartier

Le terrain de football, composé de sable gris et de deux cages est situé à cheval sur la piste de circulation. Les rares voitures traversent pendant le match, ce qui a déjà valu quelques accidents… Les lignes de touche sont composées par les habitations alentour et des fils électriques pendouillent à 5 mètres de hauteur. Nous assistons à un match filles contre garçons où ce sont les filles qui s’imposent 2 à 0. S’ensuit une interview très riche d’1h30 avec « papa ».

Le terrain de foot du quartier

Deuxième soirée Mauritanienne. Thomas, fatigué, se repose dans son lit à baldaquins-moustiquaires, tandis que Romain et Aurélien se dirigent au restaurant le Marisco, une adresse qui nous a été indiqué la veille. A l’entrée, nous rencontrons un couple de français, Gwen et Mathieu, qui ont ouvert il y a 3 mois des chambres d’hôtes sur la mer à 15 km de la capitale. Ils font partis des rares entrepreneurs travaillant dans le tourisme en Mauritanie et ce sont des toubabs (comprenez des blancs) comme la majorité des personnes qui investissent dans ce secteur. C’est dommage que peu de Mauritaniens prennent des initiatives, car le domaine du tourisme est en pleine expansion ici. Au fil de la discussion, Mathieu nous fait part de sa participation au challenge Sidi Mohamed Abass en tant que pyrotechnicien, il s’avère alors qu’il connaît bien Moustapha, heureuse coïncidence ! Son récit sur la réalisation du feu d’artifices, lors de la finale de la dernière édition, est riche et touchant. Lui, qui fut le maître d’œuvre de « milliers » de spectacles pyrotechniques, se souviendra at vitam aeternam de l’ambiance et de la réaction du public ce soir là. « J’ai failli en chialer » nous confie-t-il. Une preuve supplémentaire qui met en avant le caractère extraordinaire et unique de cet événement coordonné par Moustapha Mohamedou.

Alors que le couple de français s’apprête à partir, nous voyons rentrer dans le restaurant un homme tout de vert habillé, une guitare à l’épaule. Eric, le patron Bordelais nous apprend qu’il s’agit du guitariste d’Ousmane Gangué, un chanteur mauritanien. Célèbre dans son pays, mais aussi au Sénégal. A partir de ce moment, nous allons assister à une soirée mémorable. Il doit y avoir une douzaine de clients et dans ce petit comité nous remarquons un homme fort à l’air austère en tenue traditionnelle blanche entouré de sa femme et d’un homme dans la même tenue. Ousmane et son guitariste viennent s’asseoir à leur table, les instruments à la main. L’’homme fort est en fait un milliardaire Mauritanien qui a commandé un concert privé à Ousmane ! Il est 1h, les portes du bar se ferment, nous commandons un whisky (ici, il y en a parfois…) et Ousmane entame son concert. C’est un mélange de musique traditionnelle lancinante et de guitare électrique, sa voix est soyeuse et pénétrante, nous somme aux anges. Un peu excentrés de la petite troupe, nous profitons pleinement de ce moment unique. Alors que Romain se fait draguer par Mariam, la serveuse, Ousmane augmente le tempo et balance quelques rifs plus pêchus. Le milliardaire se lève et se met à danser de manière endiablée sur ces rythmes peuls. Il est vite suivi par les gens autour de lui. Aurélien n’en pouvant plus, quitte le confort de sa chaise et rejoint la piste de danse. C’est la folie ! Romain tranquillement assis, sirotant son whisky, observe la scène et là, pour son plus grand bonheur, ce danseur fou dont la réputation va de l’île de France jusqu’au Poitou en passant par la Touraine, se fait inviter sur la piste par le milliardaire lui-même !!! Pas possible de refuser…s’en suit une sorte de gigue entre ces deux cavaliers improbables. Aurélien est plié en quatre. Un très très bon moment ! Le milliardaire prend Romain à l’épaule et lui susurre : « tu as très bien dansé ». C’est le genre d’anecdotes que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Ousmane se fait couvrir d’Ouguiyas et joue jusqu’à 5h du matin, nous faisons la fermeture.



Le 4 Août 2008 :

Moustapha Sall nous invite à déjeuner chez lui. Sur le trajet, il nous raconte les débuts de sa jeune carrière de footballeur. Alors qu’il a 16 ans, un journal réalise un article titré « le petit Sall : un pied gauche magique ». Son père apprend alors que son fils joue au football depuis 2 ans dans le championnat Mauritanien, à son insu. A l’époque, viser une carrière de footballeur professionnel était une hérésie pour la famille, une folie qui ne mène à rien. Moustapha Sall a même refusé un essai avec le centre de formation d’Auxerre car sa famille n’était pas au courant de sa pratique footballistique. Ce n’est que plusieurs mois plus tard que son père accepte finalement le choix de son fils. Moustapha Sall deviendra alors un des techniciens les plus doués de la sélection Mauritanienne, lui assurant une belle carrière. C’est en tant que sélectionneur national qu’il poursuivra son évolution dans le milieu du football. Actuellement, il est entraîneur de l’ASAC concorde, club victorieux du championnat 2008. Chez lui, nous dégustons un succulent riz au poisson, en compagnie de son fils de 16 mois et de Moustapha Mohamedou. Un copieux repas, bienvenu avant le voyage qui nous attend. Notre départ pour Chinguitti est fixé à 18h. Nous relions Attar, une ville située à 450 km au Nord-est de Nouakchott.

no comment...

Content d'être en voiture...

Et c’est reparti, nous serrons nos trois carcasses à l’arrière d’une Mercedes 190 et deux personnes s’engouffrent sur le siège passager. L’ambiance dans le taxi est agréable, les trois Attarois devant ne cessent de palabrer tandis que défile un paysage plat, aride et inhabité. L’un d’entre eux possède un tic guttural bien particulier qui, à force de répétition, nous fait exploser de rire. Le manque d’activités réduit le seuil de fou rire à zéro…

Ce soir, nous devons poursuivre directement vers Chinguitti après être passé par Attar. Coup de fil de Mustapha : changement de programme, nous dormirons à ATTAR ce soir. Un chauffeur nous amène dans une agence qui organise des excursions dans le désert où nous pourrons passer la nuit. Les confortables matelas de cette auberge de dépanne sont posés à même le sol, sur un spacieuse terrasse bien ventilée. Notre première nuit à la belle étoile débute, elle sera de courte durée.

Le 5 Août 2008 :

Réveil à 6h30, un petit déjeuner généreusement préparé par le maître des lieux nous attend. La même jeep noire de la veille nous véhicule à travers un paysage montagneux fantastique. Quelques km plus tard nous stoppons notre route, contrôle de police oblige. A ce point, nous sommes rejoints par Abeda, un ami d’enfance de Moustapha et actuel entraîneur d’un club de foot de Chinguitti. Aujourd’hui, il amène sa troupe vers l’Oasis de Maïreth où doit se dérouler un match amical entre son club et l’équipe de l’Oasis.

Grand Canyon version Mauritanie

C’est à l’aide d’une jeep et d’un imposant camion-benne « fourni par la commission européenne » que l’équipe voyage. Une vingtaine de joueurs se tassent dans la benne, Aurélien s’installe dans la cabine où quatre personnes occupent trois places. Thomas et Romain s’installent dans la jeep. Nous partons dans une ambiance hallucinante, les joueurs frappent la carrosserie du camion tout en poussant des cris et hurlant à chaque nid de poule de la piste, c'est-à-dire toutes les 30 secondes environ. Pendant quelques temps, le convoi longe un canyon pour enfin apercevoir en contrebas un groupe de maisons blotties à l’ombre des palmiers : l’oasis de Maïreth.

Encore l'oasis de Maireth

C’est une piste « naturelle » qui sert de point d’entrée. De grosses pierres inquiétantes sortent du sol, l’inclinaison de la route doit être de 20% et la largeur de la voie offre juste l’espace nécessaire au camion. Aurélien, dans la cabine se paie une petite frayeur. L’arrivée dans le village restera à jamais gravée dans nos mémoires.

L'oasis de Maireth

Les joueurs annoncent bruyamment leur débarquement : percussions, cris et camion tonitruant. Quelques gamins courent vers nous. Le convoi doit rejoindre une petite auberge, mais le trajet est plus compliqué que prévu. Nous déambulons à travers toute l’oasis à la recherche de l’auberge. Petit à petit, de plus en plus de personnes viennent à notre rencontre. Romain à l’arrière de la jeep se fait agripper pieds, cuisses et testicules (surtout les femmes) par les enfants qui veulent monter dans le véhicule. Nous croisons tous les habitants du village qui tentent de laisser le passage aux deux voitures pour se faufiler, autant que faire se peut, à travers les étroites rues. Nous passons sous leurs acclamations « Chinguitti ! Chinguitti ! », les youyous des femmes, les sourires et les saluts de la main. Cette entrée ressemble à l’arrivée d’une rock star avant un concert, c’est dingue ! Nous déposons nos affaires dans les vestiaires avec le club de Chinguitti, repas et thé au programme (beaucoup de thé !). Le soleil fait rage, le sable est brûlant, nous partons à la recherche d’eau, c’est notre premier objectif. Dans le vestiaire, c’est le moment de la bobothérapie. Aurélien masse et strappe contractures musculaires et petites entorses avant le match. A ce moment là, sous sa casquette de kiné, il ne sait pas quel rôle il tiendra quelques heures après. Suite à une mise au point d’Abeda l’entraîneur, les joueurs, Romain y compris, endossent shorts et maillots. Abeda nous demande s’il est possible que l’un d’entre nous arbitre le match au vu de notre neutralité. Il y a donc trois choix : Romain qui est déjà aux couleurs du club veut jouer, Thomas n’est pas chaud et préfère filmer, alors c’est Aurélien qui s’y colle. Le terrain, de petite dimension, est composé de sable jonché de nombreuses pierres et les buts sont constitués de trois troncs de palmiers. Il se trouve au pied du canyon dont les rochers font office de gradins, le cadre est splendide. Le public arrive doucement et c’est environ 500 personnes qui assistent au match.

L’arbitre toubab (peut être le seul dans l’histoire du football Mauritanien), officiant pour la première fois de sa vie, siffle le coup d’envoi entre les bleus d’un côté et les jaunes de l’autre. Et c’est parti ! Le jeu est rapide et assez physique, les bleus semblent prendre le dessus en début de match. Aurélien s’emmêle un peu (pour être objectif, complètement serait plus approprié) les pinceaux dans les gestes à réaliser lors des touches et des coups-francs. 15ème minute, coup de sifflet et premier carton jaune pour un joueur de Maïreth dont le tacle n’est pas régulier. Quelques minutes plus tard, coup de sifflet : sur un centre du latéral gauche vers son attaquant, le plat du pied envoie le ballon vers la lucarne gauche : BUT !!! Des dizaines de personnes envahissent le terrain pour féliciter les joueurs, it is l’euphorie ! Les jaunes vocifèrent contre l’arbitre, le public est divisé sur la validité du but, ça commence à chauffer doucement. Se laissant influencer, Aurélien prend de mauvaises décisions en fin de première mi-temps, mais l’ambiance sur le terrain reste correcte. Pendant la mi-temps, le public vient voir l’arbitre : approuvant, « Tu es sérieux toi, c’est bien », mécontents, « Il faut regarder mieux ! » conseillers, « Tu ne dois pas écouter les joueurs monsieur » etc.… 10 min après, reprise du match. Romain n’est pas encore sur le terrain, il trépigne pour rentrer. Thomas, entouré d’enfants, filme plus que jamais ce moment unique. Aurélien commence à prendre plus d’assurance, mais ça ne lui empêche pas de recevoir 2-3 cailloux dans les jambes quand il s’approche des « gradins ». La deuxième mi-temps est marquée par un jeu plus structuré. Les jaunes poussent pour égaliser alors que les bleus misent sur des contres assassins. Vers la 60ème minute, Aurélien réalise une grosse erreur, (c’est d’avoir accepté ce rôle !), il siffle dans un premier temps un coup franc intéressant pour les jaunes puis se laisse influencer et l’accorde finalement pour les bleus (ce qui permet de soulager leur défense), c’est la memerde !…Abeda (celui qui doit s’occuper de nous les trois prochains jours tout de même) descend des gradins, furieux, et dégage le ballon d’un grand coup de pied, faisant voler sa tong par la même occasion. C’est la bronca dans le stade, l’arbitre ne maîtrise plus la situation et se fait traiter de con…Finalement il reste sur sa décision (enfin, celle de celui qui parle le dernier), l’impose, et le match reprend. Les dernières minutes ressemble plus à une Sioule qu’a du football. Le match se termine alors sur le score de 1-0 pour l’oasis, c’est la fête dans les gradins ! Romain n’aura pas joué et Aurélien fait profil bas puisque nous devons rejoindre les joueurs de Chinguitti chez qui nous avons nos affaires. L’ambiance est un peu tendue, puis les heures passant, la défaite est vite oubliée pour ne se concentrer maintenant que sur la fête organisée ce soir au village.

Après une bonne douche à la timbale et au seau d’eau prise à la lueur de la lampe torche, nous suivons le son de la guitare électrique pour trouver l’endroit où se déroulent les festivités. Un tapis où joue, assis, le guitariste accompagné de deux tambours et encerclé par la foule. Quelques uns dansent en tenue traditionnelle et se relaient régulièrement. Nous sommes accueillis tout sourire par des « salut l’arbitre », « alors tu n’as pas joué aujourd’hui ? » et serrons un nombre incalculables de mains. On nous propose de danser, Aurélien accepte. Il faut alors qu’il revêt la tenue traditionnelle, il le fait avec joie, c’est le genre d’expérience qui n’arrive qu’une fois dans la vie ! La soirée se termine vers 1h00 et à ce moment, nous n’imaginons pas que l’heure du dodo n’est pas pour tout de suite. Le camion-benne et la jeep sont chargés à nouveau. La jeep compte trois passagers de plus : une femme et son enfant ainsi qu’une…chèvre. A peine 1 km effectué et c’est le premier arrêt, à priori un des joueurs a été oublié ! Allez hop tout le monde dehors, on jette les tapis par terre et on s’allonge. Pendant ce temps Abeda va chercher le manquant. Les Chanaguittains discutent, nous admirons le ciel étoilé magnifique ainsi que la voie lactée qui porte si bien son nom dans cet endroit vierge de toute lumière parasite. 30 minutes plus tard, des plats chauds de pâtes à la viande sortent du camion d’une manière complètement inattendue. Tout le monde s’assoit et se régale dans ce super décor. Le repas et une cigarette passés, arrive enfin « Ballack », le joueur de Chinguitti qui était en fait retenu par les charmes d’une jolie jeune fille de l’oasis…Nous repartons dans la jeep à quatre sur la banquette arrière. Dormir est presque impossible puisque la piste irrégulière nous fait valdinguer à droite et à gauche toutes les cinq minutes. Une heure de trajet se passe et c’est le deuxième arrêt. Que se passe t-il ? Allez quelques indices : piste, nid de poule, cailloux, conduite nocturne rapide….et oui le camion a crevé. D’accord, nous sortons notre duvet et cherchons un endroit pour passer une nuit à la belle étoile en plein milieu du désert de l’Adrar. La nuit sera fraîche mais inoubliable. 4h de sommeil et une roue réparée et nous voila reparti en direction de Chinguitti, la fameuse cité des sables. Abeda nous amène à « l’auberge du bien être », nous sortons les matelas et dormons quelques heures sous les palmiers.

Cette folle journée qui restera à jamais gravée dans nos mémoires se finit vraiment maintenant. Thomas rêve de photos, Romain refait le match non joué et Aurélien chevauche des cartons jaunes et des sifflets durant son sommeil.

Le 6 Août 2008 :

Après quelques heures de sommeil, Abeda nous fait visiter la vieille ville de Chinguitti considérer comme la 7ème ville sainte dans la religion musulmane. Saïf sera notre guide dans une bibliothèque datant de 1264 ère chrétienne (environ 660 au calendrier de l’Hégire).

Une porte...super

facade d'une vieille bibliothèque...

Cet intarissable orateur nous apprend l’origine des fameuses serrures Chanaguittaines et nous raconte l’histoire de la ville depuis le 7ème siècle, moment très enrichissant. Le clou de la visite, c’est un coran sur peau de gazelle (exemplaire unique au monde apparemment) mais nous n’en verrons que des scans, conservation oblige…

de la vieille paperasse...

no comment...

Lors de la promenade, nous rencontrons les joueurs avec qui nous étions la veille. Ils discutent au bord du terrain de foot, deux cages posées au milieu de cette énorme langue de désert (l’oued) séparant la vieille de l’ancienne ville.

Diner chez Abeda et dodo.

Le 7 août 2008 :

En cette journée particulièrement chaude, nous décidons d’aller visiter à pied une oasis située à 5 km de Chinguitti. Nous sommes parés : crème solaire à gogo, chèche sur la tête et réserves d’eau constituées. Mohamed, notre guide et neveu d’Abeda nous conseille de prendre le taxi brousse si nous voulons être à l’heure ce soir pour le match retour Chinguitti/Maïreth. Nous essaierons en revanche de faire le chemin retour à pied. A travers les dunes, quelques habitations surgissent, certaines près d’une petite oasis et d’autres complètement isolées. Une maison en feuilles de palmiers séchées, pas d’eau courante, ni d’électricité et des hectares de Sahara comme jardin, c’est une vie bien particulière que les gens endurent ici. Pour notre regard de français, leur existence semble être peu supportable. Mais c’st avec les mêmes sourires et la même hospitalité que nous sommes accueillis par ces habitants.

Notre pote anti-toubab

Après une courte ballade et une longue sieste sous les dattiers de l’oasis, nous déjeunons chez le beau-frère de Mohammed. Nous dégustons les pâtes à la viande dans un plat unique pour 4 et tentons de faire de notre mieux pour réaliser des boulettes avec nos mains afin de ne pas en mettre partout par terre. Certes, c’est un peu croquant, mais bon, en plein désert, il paraît difficile de ne pas avoir de grains de sable dans la nourriture…le temps passe et l’heure avancé nous oblige à reprendre le taxi pour rentrer. Depuis la terrasse de l’auberge nous scrutons, au-dessus des palmiers et des citronniers les nuages gris-orange menaçants.

Des palmiers...

Notre hotel de Chinguetti

Ça sent la trempette. Le vent se lève, les grosses gouttes éclatent sur le sol, l’atmosphère se rafraîchit. Bien sur le match n’a pas lieu, ce sera pour demain, inch’allah (là je suis obligé de le mettre, parce que c’est parfaitement approprié… ;))

Le 8 Août 2008 :

Journée hyper intense : lecture et écriture, enfermés dans notre chambre…Ce surplus d’activité n’est pas vraiment choisi mais plutôt subi.

Une petite sieste version Aurélien

Dehors, la nature se déchaîne, c’est une véritable tempête de sable qui sévit, accompagnée de quelques grosses averses. Avec le peu de vivres que nous avons, nous patientons sagement que cela se calme.

Nous apprenons par sms (venant de la France) qu’un coup d’état a éclaté à Nouakchott, nos familles sont un peu fébriles. Ici, personne n’est au courant, nous l’apprenons d’ailleurs à Abeda. Coup de fil à Moustapha, qui réside à Nouakchott, il nous dit qu’il n’y a aucun problème, ce n’est pas le premier et cette action militaire était pressentie depuis quelque temps. Le président, élu très démocratiquement en 2007 (en effet, ce fut les élections les plus contrôlées qui aient existées, un modèle dans le monde arabe parait-il), est un militaire. Ses actions n’ont pas été bien perçues par les militaires et la population : depuis son arrivée au pouvoir rien n’a changé….de plus, ce matin il a limogé trois généraux et ça c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Tout s’explique ! Ici, ce sont les militaires qui tiennent le pays et cela depuis plusieurs décennies, la population a confiance en son armée. En revanche, un coup d’état, aussi « pacifique » qu’il puisse être est difficilement compatible avec le terme de démocratie…fin de la parenthèse.

Revenons maintenant à notre havre de paix. En fin d’après-midi, le climat devient plus clément. Par conséquent, le match prévu la veille aura bien lieu aujourd’hui. Chinguitti/Maïreth, le retour ! Aurélien n’arbitre pas aujourd’hui…ouf ! Pour Romain, les derniers espoirs de jouer dans le désert s’envolent carrément, Abeda a oublié qu’il voulait jouer (pauvre de lui, il ne sait pas de quel joueur magique il se passe). Probablement parce qu’il ne l’a jamais vu joué. Thomas reste l’éternel photographe.

Le penseur de Chinguetti...

Le score sera de 4-1 pour Chinguitti. Le buteur signe un quadruplé et est porté en triomphe par la foule. Le soir, c’est notre dernier diner chez Abeda. Nous mettons au point l’organisation de notre départ pour Nouakchott demain matin.

Le 9 Août 2008 :

Journée transport. Nous faisons la route de jour cette fois ci, ce qui nous donne l’occasion de contempler cette région sauvage de l’Adrar, si chère à Théodore Monod.

Des petites dunes

Ce naturaliste français, explorateur chevronné, a redoré le blason de cette région hostile, en partie grâce à la découverte de nombreux sites néolithiques. La dernière quête de sa vie sera la recherche d’une mystérieuse météorite, qui reste encore à découvrir. Ouvrons bien les yeux…le voyage se passe bien avec quelques péripéties quand même. Nous connaissons une crevaison une centaine de km après Chinguitti. Thomas donne de ses chaussures pour dégripper les écrous à l’aide d’une clé cruciforme, puis nous flânons quelques minutes. Au loin, se dessine les montagnes où se cachent les secrets des peintures rupestres. Nous repartons. Passage au poste de police, le coup d’état semble les avoir adoucis, personne ne nous demande rien. Attar est proche. A 20 km de cette dernière, une petite surprise, allez des indices…non vous trouverez seuls, et oui, c’est une deuxième crevaison qui nous immobilise. Seul hic, il n’y a plus de roue de secours. Nous nous trouvons encore en plein désert, les 4 passagers, le chauffeur, et seul quelques dromadaires qui broutent de rares arbustes constituent notre environnement. Un autre taxi arrive, il prend la roue crevée, propose d’aller la faire réparer à Attar, puis de nous la ramener. En attendant, le chauffeur prépare un thé sous l’ombre d’un acacia. Cette étape dans le désert n’est pas désagréable, pas la peine de décrire ce que nous ressentons ici, suivons l’adage de Mr Monod : « Parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui ? ».

La roue étant revenue, nous poursuivons la route. Changement de taxi à Attar. Musique traditionnelle à tue tête, musique indienne aussi. Moment musical en somme. Petite panne avant d’arriver à Chinguitti : les 5 passagers poussent le taxi pour l’aider à démarrer et c’est reparti !

Arrivée à l’hôtel du stade Olympique, notre fameux QG.