06 septembre : Match Autriche France+rencontre avec Ben Gaudin

Cet après-midi, nous avons rendez-vous avec un compatriote fortement impliqué dans le football Malien. C’est par le biais de notre site partenaire « Football365 », qu’un internaute prit contact avec nous afin de nous transmettre les coordonnées de Benoit Gaudin. Benoît est arrivé au Mali pour travailler avec « les volontaires du progrès », une ONG française très bien impliquée dans le pays. Les volontaires viennent en général pour des missions concernant les infrastructures, l’éducation etc.…Benoît est le seul volontaire à travailler dans le milieu sportif (et finalement dans l’éducation en même temps). A 30 ans, il est président et entraîneur principal de Yeelen Football Solidaire, une petite école-centre de formation siégeant à Bamako. La philosophie de cette structure est l’éducation à travers le football. Tous les joueurs de son académie ont un bon niveau de foot qu’ils viennent perfectionner ici et assistent quotidiennement à des cours de français, de math etc. Nous bavardons longuement avec Benoît à l’Express, un café non loin de Yeelen, qui a pour habitude de retransmettre les matchs de l’équipe de France sur ses écrans télévisés. Ce soir, il y a Autriche-France, nous proposons alors à Benoit de suivre la rencontre avec nous, mais il décline l’invitation. En effet, ce dernier est aussi responsable de l’organisation du tournoi Aspire* qui a lieu dans quelques jours et cette fonction chronophage ne le lui permet pas de rester avec nous. Soit, nous regardons le match et nous tentons de vite l’oublier. Ce 3-1 en défaveur de la France laisse comme qui dirait un goût amer…mais c’est ça le football, toute équipe est capable de perdre….

07 septembre : Visite de Yeelen Foot Solidaire

Benoît nous reçoit à Yeelen. Il nous fait visiter la salle de cours, la salle commune, la salle de réunion et nous montre le matériel qu’il possède. C’est autour d’un café que Benoît nous décrit son quotidien et celui de ses joueurs. Aurélien montre des exercices à un joueur souffrant d’une douleur résiduelle et d’un manque de stabilité suite à une entorse de la cheville. C’est le meilleur élément du centre et il doit aller faire des essais en Europe. Espérons qu’il sera totalement d’attaque à ce moment !

08 septembre : Arrivée à l’académie JMG

Après un long périple en taxi (bizarrement, le chauffeur ne connaissait pas la « maison bleue » que nous recherchions) les trois compagnons arrivent à l’académie Jean Marc Guillou (JMG pour les intimes) de Bamako. Accueillis chaleureusement par Lambert, l’ami et assistant de JMG, Aurélien, Thomas et Romain écoutent sagement les explications quant au fonctionnement du centre ainsi que son rôle au sein de la structure. Curieusement, cet ivoirien inconnu cinq minutes auparavant nous semble pourtant familier. Pas le temps de s’attarder là-dessus car trente minutes plus tard, il nous présente à Jean Marc Guillou, ancien joueur de Nice et de l’Equipe de France, fondateur des centres de formation, avec qui nous restons une bonne partie de la matinée à parler football. Dans un premier temps, le thème de la discussion porte sur ses différentes académies dans le monde puis, très vite, la conversation dérive sur le football en général. JMG expose ses idées novatrices concernant l’évolution de son sport favori. Et rien n’est épargné : l’arbitrage vidéo, les transferts de joueurs, la suppression de la règle du hors jeu, le jeu timoré (pour ne pas dire inexistant) pratiqué par la majorité des équipes de Ligue 1, la compétence des entraineurs, etc. L’ancien milieu de terrain des bleus se dit clairement partisan et défenseur d’un football « sans frontière » et œuvre quotidiennement pour faire évoluer ses règles. L’entretien se termine vers 13h. Après avoir fait connaissance avec les enfants puis les coachs de l’académie, nous repartons rapidement à notre hôtel chercher nos bagages. Et pour cause, nous sommes conviés au traditionnel match du dimanche contre les académiciens ! 17h, nous partons de la mission, chargés comme des mules. Il faut compter quinze minutes de taxi pour se rendre à « la maison bleue » (centre JMG). Arrivés là bas, nous déposons nos bagages, enlevons nos chaussures (ici, tout le monde joue pied nus) puis tapons la balle avec les académiciens. Les enfants, âgés de 10 à 16 ans, ont un niveau hallucinant : dribbles à gogo, jonglages à tout va et vision du jeu prodigieuse, pas étonnant que les anciens élèves de l’Académie soient aujourd’hui, pour la plupart, de grands joueurs.

JMG et les enfants

18h30, fin de la partie. Exténués, nous profitons de la 3ème mi-temps pour faire plus ample connaissance avec ces virtuoses du ballon rond. Assis sur l’herbe, les discussions fusent aussi bien en français qu’en anglais. Les enfants, d’abord timides, puisque nous prenant pour des coachs en formation, se dérident petit à petit et assaillent Romain de questions sur les différents joueurs qu’il a eu l’occasion de voir dans les stades. L’académie loge et forme la future élite du football Africain, il n’est donc pas étonnant de voir des enfants venant de pays africains différents. A l’académie de Bamako, la majorité de ceux-ci vient du Mali, les autres de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Nigéria. Ce brassage de nationalité est principalement dû au fait que les académiciens d’Accra ont temporairement posé leurs valises dans la capitale malienne en attendant que l’académie d’Accra soit en mesure de les accueillir. Mais aujourd’hui, ce n’est pas cela qui les intéresse mais la possibilité de dormir dans cette drôle de maison que constitue notre tente. N’ayant jamais vu une telle chose auparavant, les enfants se montrent d’abord très suspicieux quant à la possibilité de dormir sous cette drôle de toile. D’un œil circonspect, tous se pressent autour de nous pendant le montage…une fois celui-ci terminé, Lambert est assailli par les académiciens qui redoublent de charme pour être choisi parmi les chanceux qui pourront passer une nuit sous la tente ! La nuit tombée, nous prenons une douche puis rejoignons Lambert, Charlton (ancien membre de la promotion de Baky Koné, Yaya Touré, Manuel Eboué, Yapi et consorts, aujourd’hui reconverti en coach) et Wade (instituteur et coach) pour un copieux dîner au bord du terrain de foot. Lambert profite de cette première soirée pour révéler sa véritable identité. Avec un sourire malicieux, il nous avoue qu’il a joué le masseur dans le film « Les bronzés » !! Voilà donc pourquoi son visage nous paraissait si familier ! Amusés par cette nouvelle, nous l’écoutons raconter plus en détails l’ambiance du tournage et les moments de complicité qu’il a partagé avec l’ancienne troupe du Splendide…

09 septembre : JMG

Levés à 7h30 pour assister à l’entraînement des académiciens, nous prenons le petit dej puis regardons les enfants se préparer. Pendant environ une heure, c’est la séance de jongles. Exercices différents en fonction du niveau de l’élève. Romain observe la technique des jeunes joueurs tout en conversant avec JMG et Lambert. Aurélien filme et Thomas prend des photos. Romain s’attarde sur le plus jeune, Bright : du haut de ses dix ans, ce Nigérian est capable de jongler en alternant tête, torse, cuisse, pied et épaule pendant de longues minutes. D’autres exécutent des exercices tout aussi impressionnants : parcourir 100 mètres en 20 secondes en jonglant aussi bien avec les pieds qu’avec la tête et les épaules. Après cet échauffement, les académiciens procèdent à d’autres exercices jusqu'à 11h. Ensuite, Wade prend le relais pour une heure de classe. Au programme, Maths, Géo, Français, Anglais… Après une sieste bien méritée, l’entraînement, dirigé par Charlton, reprend de nouveau à 17h. Sous l’œil avisé de Jean Marc Guillou, les académiciens exécutent les mêmes ateliers que ceux de la matinée. Après une ou deux étourderies de ses élèves, JMG n’en peut plus et, malgré ses problèmes de genou, pénètre sur le terrain pour montrer lui-même l’exemple aux enfants. C’est vers 18h30, que l’entraînement se termine.

10 septembre : Visite à l’ambassade de France à Bamako…

Debout à 7h30, nous passons notre matinée à regarder l’entraînement des académiciens. Peu avant le déjeuner, nous croisons Jean Marc Guillou avec qui nous bavardons un long moment. Il nous expose sans langue de bois sa proposition sur les transferts ainsi que ses expériences en tant que footballeur. La passion suinte de ses propos, la discussion se révèle animée et particulièrement enrichissante. Après le déjeuner, Romain et Thomas profitent de la sieste pour aller au commissariat de police afin de faire leur déclaration de vol. Eh oui, nous n’avons toujours pas réglé cette histoire de cartes d’identité volées. C’est le gardien du centre qui nous accompagne en jeep. Chants catholiques à fond dans la voiture, nous arrivons au commissariat principal de Bamako. Les locaux sont dans un état déplorable, une couche épaisse de crasse recouvre les murs, des cafards pullulent sur le comptoir et une odeur immonde flotte dans l’air irrespirable…bref une ambiance à la Midnight express (Thomas, le rédacteur, exagère beaucoup les faits réels…). Une heure plus tard, nous obtenons enfin nos déclarations de vol grâce aux quelques bakchichs subtilement glissés dans les mains des officiers de police. S’en suit un passage à l’ambassade de France et le tour est joué. Les formalités sont établies. Ça ne sert à rien mais on est content d’avoir perdu une demi-journée. Nous revenons en fin d’après midi au centre et assistons à la fin de l’entraînement des académiciens. Durant cette séance, Charlton propose gentiment à Romain de participer aux exercices. Il s’y prête avec grand plaisir (et quelques difficultés face à la vivacité des petits surdoués) et tape donc la balle pendant trente bonnes minutes. La suite de la soirée se fera devant la TV pour suivre le match France-Serbie. Les enfants, concentrés sur la performance des bleus, commentent les exploits de leurs joueurs favoris sous les regards amusés de Thomas, Romain et Charlton.

11 septembre : Tournoi « Aspire » et JMG again

Aujourd’hui, nous sommes dispensés d’assister à l’entrainement matinal des académiciens. Et pour cause, nous devons retrouver Benoît Gaudin au Stade Modibo Keïta, lieu de la sélection finale du tournoi « Aspire ». Aspire, c’est le nom d’une académie, basée à Doha, au Qatar, qui forme des sportifs de haut niveau, non seulement dans le football mais aussi dans l’athlétisme, le tennis, etc. Le principe est assez simple. Les qataris organisent des sélections un peu partout dans le monde et, à l’issue d’une « finale » regroupant les 50 meilleurs footballeurs du pays, ils choisissent un joueur qui aura l’opportunité d’intégrer l’académie. Et donc, de fortes chances de devenir professionnel puisque les athlètes sont entrainés par des techniciens recrutés en Europe, selon des critères particulièrement pointus. Sont présents ce matin deux recruteurs espagnols ainsi qu’un recruteur allemand, qui ont la lourde tache de repérer et désigner le joueur le plus talentueux. Malheureusement, nous ne pourrons assister à la désignation de celui-ci puisque, leur choix se révélant trop ardu, ils décident de s’accorder un délai supplémentaire de réflexion. Nous décidons donc de filer après avoir fait nos adieux à Benoît, plutôt overbooké par la masse de travail que représente l’organisation de cette journée. Nous échangeons une chaleureuse poignée de main et nous retournons à « notre » maison bleue.

La sieste passée, nous sommes invités à présenter notre projet aux enfants qui s’interrogent encore sur la raison de notre présence à l’académie. Si nous ne sommes pas des coachs, que faisons-nous ici ? Après une heure passée avec eux, le malentendu n’est pas complètement dissipé (le niveau scolaire étant encore trop hétérogène, certains n’ont pas les notions géographiques suffisantes pour appréhender l’ampleur de notre périple) mais les enfants se montrent un peu plus détendus en notre présence. Et ils le sont encore plus dès lors que Charlton les appelle sur le terrain. Les académiciens commencent leur entrainement de l’après midi sous un ciel menaçant. Et pourtant, loin de les effrayer, la perspective de la pluie les excite au plus haut point. Les enfants gesticulent dans tous les sens en hurlant jusqu’à ce que l’orage éclate. Débute alors une séance pleine de joie. Exercices de jonglage suivis d’un match sous une pluie torrentielle. La soirée se termine par un bon diner en compagnie de Wade et Charlton avec qui nous parlons football et tour du monde.

Avant la pluie

Avant la pluie 2

12 septembre : Tournoi de tennis ballon

Le vendredi, c’est la journée du traditionnel tournoi de tennis ballon. Pendant l’entrainement matinal, les enfants sont répartis suivant deux poules de niveaux différents et disputent plusieurs matchs sous les yeux attentifs de Charlton et Wade. A la fin du tournoi, les meilleurs de la poule B montent dans la poule A alors que les derniers de la poule A font le chemin inverse. La compétition est acharnée mais disputée dans un excellent état d’esprit. La fin de la matinée voit Romain disputer plusieurs matchs contre les plus jeunes académiciens. Ceux-ci, moqueurs, prennent un malin plaisir à tourner en bourrique un adulte mais Rominho parvient tout de même à sauver les meubles en remportant plusieurs victoires (ouf). Cette journée voit aussi certains enfants se montrer beaucoup plus téméraires vis-à-vis de nous. Ainsi, Hamari (un malien qui parle encore plus vite que Toutoune…), Charles (Ghana), Bright (le cadet de la promotion), Bernard (surnommé Tornado) ou encore Nelson viennent maintenant spontanément discuter avec les fous de foot que nous sommes !

Tennis Ballon

13 septembre : L’évaluation

Matinée assez spéciale pour les élèves de l’académie puisque c’est la journée d’évaluation. Chaque enfant passe un par un devant les coachs et doivent réussir les exercices imposés. En cas de succès, l’académicien peut passer au niveau supérieur. En cas d’échec, il est contraint de repasser la semaine suivante. Certaines défaillances sont accompagnées de grosses crises de larmes et de vociférations. C’est le cas de Bright, qui pique une colère monumentale pour avoir bêtement cessé l’exercice après 49 jongles au lieu de 50… L’esprit de compétiteur est bien là ! Tous les enfants ont à cœur de rattraper leurs ainés. Suite à ces évaluations, Thomas quitte le centre pour rejoindre Aurélien et Sarah à la mission tandis que Romain préfère rester au sein de l’académie une soirée de plus afin de défier Wade à PES sur Playstation. Le résultat ne souffre d’aucune contestation. Après plus de deux heures de jeu, Romain sort victorieux de ce duel en remportant six matchs (contre deux), ce qui ne manque pas de surprendre Wade et les enfants.

Le 14 Septembre 2008 : Cascades et vrai faux départ

Aujourd’hui, nous partons visiter les environs de Bamako (BMK). Il existe, parait-il, une magnifique cascade à 50 km de la capitale. Sous ce soleil de plomb, un peu de fraîcheur sera la bienvenue. C’est Bassamba, un chauffeur de taxi que nous fréquentons depuis quelques jours qui nous amène tous les quatre au lieu voulu. Au vu de la distance, l’idéal est que le taximan reste avec les visiteurs toute la journée afin d’être sûr de trouver un véhicule pour le retour. Bassamba tient donc ce rôle. Il est propriétaire de trois taxis. C’est un mec très sympa et honnête, appelez le si vous êtes à BMK il viendra vous cherchez où que vous soyez et pas pour un prix toubab… (Ndiaye Bassamba 00223 6809043/ 00223 6420592.) Auparavant, il faut, pour Sarah, Aurélien et Thomas, aller chercher Romain à la « maison bleue ». Lorsqu’ils arrivent, ce dernier dispute des parties acharnées de tennis ballon en double. Malheur à celui qui fait équipe avec Romain car les enfants ont très vite compris que le pied droit du président de l’association « MaisVousEtesFoot ! » (No comment…) n’avait pas la précision de celui de David Beckham…Premiers adieux avec les enfants, photos de groupe et gros dilemme pour Romain. En effet, Wade et Charlton insistent pour qu’il revienne le soir même afin de donner une possibilité de revanche à l’instituteur de l’académie. Romain ne se fait pas prier et accepte volontiers, attiré non seulement par la Playstation mais aussi et surtout par la possibilité d’assister au match PSG Nantes diffusé le soir même…

L'Académie au complet

C’est par une route goudronnée que nous atteignons les chutes de Djenji. Quelques gamins en maillot (ou nus comme des vers) s’adonnent à la baignade dans un point d’eau au pied de la montagne. Ils viennent spontanément vers nous à coup de « ça va toubab ? ». Bassamba palabre avec eux et ils nous montrent alors le chemin menant aux chutes. Au bout de dix minutes de montée, nous accédons à la cascade qui s’écoule d’un plateau sus-jacent situé à une vingtaine de mètres en hauteur. Le décor est rocailleux et les nombreuses cuvettes d’eaux limpides dans lesquelles nous nous baignons sont situées en contrebas. Nous ne manquons évidemment pas de prendre une douche bien fouettée sous le puissant rideau d’eau. Nous restons là observant les lieux et rigolant avec les enfants. Sarah et Aurélien décident de redescendre par le cours d’eau afin de rejoindre la plaine. Ils mettront plus de temps que Romain et Thomas, revenus par le chemin de l’aller, faute de passages accessibles tout le long de la descente. C’est sous un déluge de pluie que nous rentrons à BMK.

Cascade

Douche naturelle

Piscine des locaux

Romain délaisse ses camarades pour rejoindre les membres de l’académie. Il en profite une nouvelle fois pour taper la balle avec les enfants qui disputent un petit match entre eux. Toutefois, la partie ne dure que très peu car les académiciens sont vite incités par Lambert à rentrer dans leurs chambres respectives afin de se reposer. Et pour cause, demain se joue l’avant dernière journée du championnat. Les organismes se doivent donc d’être au maximum de leurs possibilités ! Une rapide douche et voilà Romain devant le téléviseur, en compagnie de Wade, Charlton et tous les enfants de l’académie. Tout ce beau monde est vite rejoint par JMG qui, malgré la pauvreté du spectacle, assiste à la totalité de la retransmission, accompagnant chaque action par un commentaire chargé d’humour sarcastique. Les enfants sont eux, beaucoup plus impressionnés par les chants des supporters parisiens que par la qualité de jeu. Le match se termine sur une victoire peu convaincante du PSG 1-0. C’est alors le moment pour les académiciens de filer au lit. Nouvelle séance d’adieux : Bright, Charles, Nelson et Tornado (la larme à l’œil) en profitent pour engager une conversation animée avec Romain. Conversation qui va durer une bonne heure et qui les rendra d’autant plus attachants. Entre temps, Charlton et Wade ont fini par renoncer à défier le maitre de PES, préférant se reposer en vue de la journée chargée qui les attend le lendemain. Sur une chaleureuse poignée de main, « El Presidente » (eh oui, comme Nestor Fabbri ou Laurent Blanc, le talent en moins) fait ses adieux à Lambert, Charton et Wade. Ceux-ci tentent une dernière fois de le retenir à l’académie pour une journée supplémentaire mais Romain, pourtant tiraillé par l’envie d’assister aux matchs du lendemain, décide tout de même de rejoindre ses compagnons de voyage à la mission catholique.

Le 15 Septembre 2008 : Départ avorté

Ce début de semaine marque notre départ vers le pays Dogon. Pourtant, une dernière chose nous retient encore à Bamako : nous devons rendre l’appareil photo que nous avait prêté Moustapha Mohamedou en Mauritanie. Problème : la personne censée réceptionner le précieux objet ne répond pas…nous voilà donc bloqués dans la capitale malienne. Une solution de secours s’offre tout de même à nous. Et elle n’est pas pour déplaire à Romain. En effet, celui-ci est désigné pour repartir à l’académie JMG afin de confier l’appareil au coach Charlton. Il pourra donc en profiter pour assister aux rencontres des académiciens ! Ni une ni deux, le voilà donc de retour à « la maison bleue » alors que Sarah, Aurélien et Toutoune restent à la mission pour se reposer. C’est par des sourires moqueurs que Romain est accueilli à l’académie. Accoudés au balcon, JMG, Lambert et les enfants observent les autres équipes qui disputent des matchs acharnés. Quelques minutes auparavant, les plus jeunes académiciens avaient difficilement gagné leur match. JMG ne se prive donc pas de les chambrer sur leur entame catastrophique. Une demi-heure plus tard, c’est au tour des ainés de disputer leur rencontre. victoire nette et sans bavure qui leur permet de remporter tranquillement le championnat, et ce dans un calme surprenant. La nuit tombe et cette fois ci, c’est l’heure pour Romain de faire ses véritables adieux à l’académie, non sans émotion puisqu’en guise de cadeau de départ, les enfants lui dédicacent une série de coup francs que n’aurait pas renié Platini !

Le 16 Septembre 2008 : Départ pour Mopti.

Nous retrouvons Bassamba qui nous amène à la gare routière située sur la route de Ségou. On nous dit d’abord qu’il y a un bus qui part dans 4 heures à Mopti, puis un autre doit partir dans une heure. Bassamba parlemente, les coxers (rabatteurs) nous disent tout et n’importe quoi, ils s’accrochent à la fenêtre de la voiture en mouvement, vocifèrent des informations probablement fausses en plaidant pour leur paroisse tout en se faisant tracter par le taxi….( pour les connaisseurs, c’est un peu comme dans la scène de Snatch lorsque le Spud de Trainspotting ( je ne sais plus comment l’acteur s’appelle) se retrouve la tête coincée dans la vitre de la voiture...) Un joyeux bordel, une gare routière de capitale en somme ! Nous ferons plusieurs compagnies pour finalement tomber sur un car partant dans la minute. Juste le temps d’acheter les billets et voila le bus qui arrive. Nos bagages sont jetés à l’intérieur et nous avec…

Après avoir parcouru plusieurs centaines de kilomètres le véhicule stoppe sous la contrainte d’une forte odeur de gasoil à l’intérieur de l’habitacle. Le temps de la réparation, nous assistons aux matchs de la Ligue des champions retransmis sur la télé d’une boutique. Nous avons même le temps de regarder l’après match ! 2h30 plus tard, c’est reparti mon kiki ! Enfin arrivés à Mopti, nous découvrons la ville by night au vu du débarquement tardif : 00H30. C’est à « l’hôtel doux rêves » que nous passons la nuit. Une très bonne adresse : très joli cadre, wifi gratuit et sympathiques chambres pour tout les budgets.

Mopti

Le 17 Septembre 2008 : Visite de Mopti.

Mopti est surnommée la « Venise Malienne ». Point de canaux ou de gondoles ici, mais cette dénomination provient du fait que la cité se situe à la rencontre de deux cours d’eau : le fleuve Niger (qui nous accompagne depuis le Sénégal) et le Bani (le plus gros affluent du Niger). Nous décidons alors de nous diriger à pied vers le port fluvial, centre névralgique de la ville.

A la pêche

Sarah à la barre

Après une ballade dans les petites rues de la ville, nous allons satisfaire notre appétit au Bissap café, restau a la très belle déco et a la vue portuaire imprenable. Après la visite du marché artisanal, nous effectuons une magnifique ballade en pirogue sur le Bani afin d’atteindre la grande mosquée de Mopti (enfin, ce qu’il en reste) construite dans une île-village Bozo, l’ethnie des pêcheurs au Mali. Aurélien se propose de ramer, mais il pensait que le trajet serait plus court… La visite est rapide et nous passerons finalement plus de temps au fil de l’eau. Le retour se déroule sous une lumière orangée éclatante, dont les nuances habillant le soleil couchant, semblent infinies. Sarah essaye à son tour la pagaie et récoltera, comme Aurélien, une belle ampoule au niveau de la première commissure de la main gauche…c’est dur l’apprentissage Bozo !

Carte postale...

Le 18 Septembre 2008 : Départ pour Koro.

C’est de la gare routière de Mopti que les taxis-brousse partent vers Koro. Lors de ce voyage, nous pénétrons doucement à l’intérieur du pays Dogon, passant du plateau (Mopti, Bandiagara) à la plaine (Bankass) en empruntant au passage la route la moins pentue (16%) creusée dans la majestueuse falaise. Le décor qui nous entoure est fantastique et très changeant de surcroît. Le plateau est verdoyant, la falaise aride et la plaine remplie de champs de mil et cela jusqu’à Koro. Cette ville située à 30 km de la frontière Burkinabé, est bien connue de Sarah. Elle y a, en effet, résidé plusieurs jours en Février dernier, lors de son séjour/mission sage-femme. Alors qu’elle travaillait à la maternité de Koro, un toubab qui vient au Mali depuis 30 ans l’a accueillie dans sa maison. C’est donc dans ce même bâtiment que nous passons la nuit.

Le 19 Septembre 2008 : Départ pour le pays Dogon. Et Anniversaire de Thomas.

Départ de Koro à 13 h00. Après une négociation sans espoir avec le taximan (il est tout seul à relier Bankass à cette heure ci), nous nous installons dans la voiture la plus insolite que nous ayons jamais empruntée durant ce tour du monde. Complètement désossée (ce qui est assez courant) : aucun plastique dans l’habitacle (portes, fenêtres, plafond…) toute la carrosserie est visible à l’intérieur du véhicule. L’entrée du réservoir à essence est constituée par un jerricane situé dans le coffre et attaché solidement ( ?) à la paroi interne du véhicule. Sans être un expert en mécanique, on peut facilement juger que le problème majeur de ce taxi est l’état des amortisseurs…à chaque nid de poule (et il y en a un paquet sur cette route), la voiture vibre de toutes parts et l’impression qu’elle va tomber en miette est permanente. Au bout de 50 km, nous sommes à Bankass. Une couche de terre rouge enveloppe nos vêtements ainsi que les parties découvertes de notre corps. En une heure de course folle, fenêtres ouvertes, c’est deux mois de bronzage que nous avons gagné !

Nous rencontrons alors Amadou Ouologuem, une connaissance de Sarah, un guide pour le pays Dogon faisant preuve d’un professionnalisme et d’une gentillesse hors pair. A 30 ans, il connaît parfaitement le pays, ses habitants et adore transmettre la culture Dogon. Il parle français (évidemment !) et anglais et concocte des séjours aux petits oignons (à un prix plus qu’honnête) pour les visiteurs qui ont la chance de le trouver (00223 5062903/ 00223 5721808).

Tout débute par une ballade en charrette (tirée par un beau Zébu) à travers les champs de mil de la plaine. Cette longue céréale pouvant atteindre plus de deux mètres de haut est la principale source d’alimentation des populations locales. Nous croisons aussi des baobabs, des arbres à karité, des arachides, des pois de terre, des haricots, du bissap….en ce moment, c’est la période d’opulence.

Charette au cul

Ce n’est qu’au bout d’une heure environ, que nous apercevons la fameuse falaise. Majestueuse, haute de 400 à 700 mètres, nous ne l’atteignons qu’une heure plus tard. Arrivés au pied de ce colosse de 200 km de long, né de mouvements tectonique colossaux, il fait déjà nuit. C’est à ce moment idéal (….) que nous escaladons ce rocher sacré. Les lampes torches éclairent les escaliers naturels irréguliers qui nous mènent 500 mètres plus haut 45 minutes plus tard. OUF ! Nous voilà arrivés au village de Begné-Matou où nous découvrons (autant que l’obscurité nous le permet) un village Dogon typique dans lequel il existe un campement (comprenez une maison du village aménagée pour dormir ainsi que quatre murs à l’air libre servant de douche avec seau et gobelet). Nous portons toujours les mêmes vêtements rouges de terre, nous dégoulinons de sueur et nos gorges sont sèches…une table et des chaises sur lesquelles s’affalent nos postérieurs, nous tendent les bras. Une personne nous souhaite la bienvenue et nous demande, à notre plus grande surprise, ce que nous désirons boire ! Ce sera une tournée de coca pour tout le monde ! Cette boisson n’est pas près de faire faillite…on la retrouve partout même dans les endroits les plus reculés ! Toujours est-il qu’après deux gorgées de cette boisson très fraîche, nous voila aux anges !

Après un bon repas, les matelas sur la terrasse sont les bienvenus et le sommeil frappe sans attendre. Même loin de la fête et des cadeaux habituels dignes d’un « bon » anniversaire, Thomas aura passé une journée inoubliable et ça, ça vaut toutes les fêtes !

Le 20 Septembre 2008 :

Malgré les chants de coq déréglés durant la nuit (ils sont fous ces gallinacés !), nous voila prêts à affronter la journée. Visite du village pour commencer, puis trekking de plusieurs heures sur le plateau où nous découvrons deux villages. Amadou répond à toutes nos questions comme celles sur l’architecture traditionnelle et les togunas, ces « maisons à palabres » dont la hauteur de plafond n’excède pas 1.20 mètre. L’explication de cette curiosité est pleine de bon sens : le toit est bas pour éviter qu’un orateur s’énerve lors des discussions. Et oui ! s’il s’énerve et tente de se lever dans son agitation, il se cognera alors aux poutres !! Radical et plus efficace que le bâton de maréchal.

Réveil difficile

Arrivés à la falaise, une pause permet de s’émerveiller devant les kilomètres de plaines en contrebas. Un spectacle grandiose. Afin de rejoindre la plaine, il est nécessaire de descendre par une faille dans la falaise. Mais, avant cela, il faut traverser un précipice à l’aide d’un pont constitué par deux échelles traditionnelles et quelques bouts de bois, sensations garanties !!

La falaise

Indiana Jones

Nous rejoignons alors un village dans la plaine pour la pause déjeuner. C’est aussi la pause séance de kiné. En effet, Sarah se plaint d’un lumbago contracté durant la descente du matin. Aurélien réalise les soins nécessaires et, coïncidence, il y a également, dans ce tout petit campement, une autre kiné qui lui prodigue une séance de Rei-Ki (Mr Doret si vous nous lisez ;)) ! Pour finir, Aurélien se laisse tenter par le massage au beurre de karité proposé par un guérisseur traditionnel. Très décontractant après cette longue marche ! C’est par un quizz football orchestré par Romain que cette pause se termine.

Village dogon

Endé est le village rallié par la suite au bout d’une heure de marche. L’artisanat local très représenté n’aura pas les faveurs des globe trotters qui réalisent soudainement que le soleil commence à cligner des yeux alors qu’un match de football doit être joué avant la nuit. Nous voulons, en effet, absolument jouer dans ce cadre magnifique. Nous accélérons alors grandement le pas, Amadou passe des coups de fil afin de prévenir de notre arrivée. Les jambes en coton, les épaules rougies par le soleil et les vêtements trempés de sueur (hmmm !), nous débarquons à Teli. Un coca plus tard (et oui encore lui !), nous partons à la recherche d’un terrain autant propice au jeu qu’à la capture d’images. Le praticable trouvé et les cages sorties, quelques villageois enjoués viennent à notre rencontre. Certains pour regarder et d’autres pour jouer. Un 5 VS 5 débute alors sur ce terrain atypique, ayant pour cadre une cascade ainsi que les greniers à mil et les anciennes habitations, incrustées dans l’ocre rouge de la falaise. Le match est très drôle. Il n’y a aucune structure de jeu, le ballon vole dans tous les plans de l’espace, et un troupeau de chèvres passe allégrement sur le terrain, ce qui n’arrête pas pour autant le jeu. L’ambiance est très agréable malgré la rude journée, Romain et Aurélien prennent un grand plaisir à taper, que dis-je, à caresser la balle. Thomas filme ce moment exceptionnel, tandis que Sarah se fait tresser spontanément ses cheveux longs et fins par quatre petites filles. Un début de pluie met un terme à la rencontre. En un éclair, tout le monde prend la poudre d’escampette. Salutations, sourires, rires et nous rentrons dans nos pénates. Nous remercions Amadou pour cette magnifique journée ainsi que sa participation endiablée et spontanée pendant le match du pays Dogon.

Dogon again

Rominho à l'oeuvre

Le 21 Septembre 2008 : Direction Ouagadougou.

Nous quittons le pays Dogon à bord d’une charrette. Le trajet pour rejoindre Bankass est plus rapide qu’à l’aller. De là, une voiture nous attend afin de nous conduire à Koro où nous récupérerons nos bagages. De Koro, un taxi-brousse nous amène à la frontière Mali/Burkina-Faso où nous achetons nos visas. A Ouahigouya, la première ville Burkinabé, nous prenons un bus direction Ouagadougou où nous débarquons à minuit moins (en Afrique on dit, par exemple, « minuit moins » quand il est entre 23h30 et minuit et « 23h plus », quand il est entre 23h et 23h30).

Aurélien dans ses oeuvres

Nous prenons une chambre au Pavillon vert selon les conseils d’Amadou. Après une journée de transport, la fatigue est toujours au rendez-vous. Le passage d’un univers exceptionnel qu’est le pays Dogon à l’arrivée dans une capitale d’un pays inconnu est, forcément, un brin épuisant. Et comme le dit Thomas, chaque jour depuis le mois de juillet, « Je crois qu’on va bien dormir ».

Bye Bye Mali !