Dimanche 08 novembre
Après un voyage en avion assez éprouvant, nous arrivons vers minuit à New Delhi, capitale du deuxième pays le plus peuplé au monde, l’Inde. Fatigués, nous sortons de l’aéroport pour grimper à l’intérieur d’un taxi semblant dater de l’époque de Nehru. Une fois les bagages casés dans le véhicule, le chauffeur, agrippé à son volant, amorce une véritable course contre la montre digne d’un Gran Tourismo sur PSP : se rendre en un temps record dans le quartier de Main Market, situé non loin du centre ville, tel est l’objectif stupide et suicidaire du taximan. Assis confortablement à l’arrière du véhicule, nous observons le paysage défiler à toute allure et serrons nos petites fesses musclées, en priant pour que le véhicule ne sorte pas des routes vétustes. Après avoir absorbé plusieurs G, nous arrivons sains et saufs à Main Market, le quartier routard de New Delhi. Le spectacle et le choc culturel sont considérables. Les rues sont quasi vides à l’exception de quelques vaches broutant les détritus tapissant le sol et de quelques vagabonds aux allures peu rassurantes. Nous voici en Inde, deux touristes fraichement débarqués à la quête d’un hôtel…
Après une petite heure à errer dans le quartier, nous dénichons enfin une chambre pour une poigné de roupies. C’est loin d’être le grand luxe mais l’important, est que l’on puisse dormir. La chambre est à l’image des rues du quartier : crade au point de partager notre cellule avec une famille de souris. Et impossible de chasser l’odeur nauséabonde qui flotte dans la chambre car l’unique fenêtre dont nous disposons donne sur le couloir de l’hôtel qui regorge de détritus. Bref, la nuit s’annonce bien.
Après une courte douche froide (je me passerai de décrire la salle de bain !), les deux voyageurs se faufilent à l’intérieur de leurs sacs de couchage pour se laisser tomber dans les bras de Morphée.
Lundi 09 novembre
C’est en début d’après midi que les deux cousins quittent l’hôtel pour visiter les lieux. La première visite du quartier est assez violente culturellement parlant, rien à voir avec les pays précédents. En déambulant dans les allées grouillantes de la capitale, Thomas a cette étrange sensation d’être un spectateur de la vie des Indiens. Tous les recoins de la ville fourmillent de locaux s’adonnant à des activités inattendues et dans des conditions parfois extrêmes ou rigolotes. Cheminer dans les innombrables rues de la capitale, sous un soleil écrasant, est un exercice aussi étonnant visuellement qu’épuisant physiquement. Dans le fouillis des ruelles, les cris aigus des marchands ambulants se mêlent au brouhaha des passants. Les vendeurs de pacotilles, postés aux alentours de leur petite échoppe débordant de marchandises en tout genre, sont à l’affut des touristes.
Pas loin du Main Market, notre QG, se situe la vieille ville, une rencontre inattendue, un joyau ancien, dans lequel la marche devient une sorte d’errance indéfinissable dans le temps. Face à nous et pour commencer cette visite dans le passé, se dresse l’imposant fort rouge d’architecture Moghole construit par Shah Jahan entre 1636 et 1648. Ce gigantesque complexe aux murs d'enceinte coiffés de tours comprend de nombreux palais impériaux, d’édifices en marbre et une mosquée. Malheureusement pour nous, la forteresse est fermée au public le lundi. Et vlan !

Après quelques clichés, nous reprenons notre marche sous la brûlure insistante du soleil en direction de la grande mosquée Jama Masjid, la plus grande du pays, elle peut accueillir jusqu'à 25 000 personnes (quand même !!). C’est du haut de ses multiples minarets, trapus ou élancés, qui s’inscrivent sur le ciel de la ville, que s’élève la voix du Muezzin. Cet appel à la prière traverse la Capitale plusieurs fois par jour depuis des centaines de siècles.
Au pied de ce bâtiment religieux, s’étend une large place où des enfants crasseux jouent au milieu des ordures, où s’entassent des bidonvilles au milieu d’un océan de détritus. Les jeunes s'amusent de peu de choses : faire rouler un pneu avec une baguette, tirer sur les singes avec des lance-pierres ou ramasser de la bouse avec les mains pour en faire des galettes. Ici comme partout en Inde, les animaux vivent au plus près des hommes. Chiens, vaches, cochons, singes et humains cohabitent le plus naturellement du monde.


Après la visite de la mosquée, nous quittons l’enceinte religieuse pour nous perdre dans l’entrelacs des rues tortueuses du quartier musulman. Ecrasées par la lumière orangée du soleil, les ruelles débordent du flux de la foule grouillante. Se côtoient des femmes voilées de noir, des dames habillées en Sari, des jeunes demoiselles en jeans basket, un véritable patchwork de couleurs et de costumes. Nous vagabondons dans le cœur du quartier (je crois !!), assaillis par le bruit, l’odeur des épices, à la recherche de la sortie ; mais l’enchevêtrement et l’étroitesse des ruelles nous obligent à héler un cyclorickshaw (sorte de charrette tracté par un vélo) pour trouver l’issue. Une fois arrivés à notre point de départ, soit le Fort Rouge, nous regagnons la bouche de métro la plus proche en direction de notre hôtel.

Mardi 10 novembre
Aujourd’hui, c’est la journée foot car nous sommes fous de foot chez MaisVousEtesFoot ! Après avoir contacté M.Bathia, secrétaire général de la fédération de football de Delhi, ce dernier nous invite à le rencontrer sur un terrain qui porte le nom légèrement singulier de « Air Force Ground » situé à coté de Raj Path Avenue. Rien à voir, avec l’armée Américaine ou avec le film Top Gun, pas de volley ball, ici, on joue au football ! Le tout, sur les terrains de l’armée de l’air indienne !
Pour en avoir le cœur net, nous hélons un autorickshaw (tuktuk indien) puis traversons la moitié de la capitale pour ensuite pénétrer dans un des quartiers les plus prisés de la métropole. De grandes avenues dégagées, bordées par de magnifiques monuments qui font office de ministères ou d’ambassades. On y trouve aussi de nombreux bâtiments officiels, des musées, dont le très riche National Muséum célèbre pour ses collections archéologiques et le Indira Gandhi National Centre for Arts. Evidemment, le quartier est d’une propreté exemplaire, pas de chewing gum collé sur le sol, nulle canette d’une fameuse marque de soda (Coca pour ne pas la citer) ne traîne sur les trottoirs…rien, nada, à croire que M.Propre a bien fait son travail !

Parmi ces imposants bâtiments en tous genres, se situe Air force Ground. Nous accédons dans l’enceinte, attirons au passage le regard des GI’ Indien, qui doivent nous considérer comme des espions britanniques, puis terminons notre promenade aux abords d’un terrain de foot ! Après quelques informations soutirées auprès des coachs et des spectateurs, il semblerait que se déroule sur ce terrain, la sélection de la sélection de l’équipe de New Delhi (pour les moins de 16 ans)… oui, je sais ce n’est pas clair mais c’est ça. C’est devant un match fort intéressant que nous attendons patiemment l’arrivée du secrétaire général de la fédération de foot de Delhi.
Les minutes défilent, le soleil décline et M.Bathia arrive enfin. Soit pas loin d’une bonne heure de retard. Le peu de lumière oblige les journalistes amateurs à remettre l’interview à demain. Le RDV est pris autour d’une délicieuse tasse de chaï, le thé indien.
Entre temps, le soleil a disparu derrière la ligne d’horizon de notre belle planète pour laisser place à la lune, plongeant ainsi la ville dans le noir. C’est donc à la lumière des lampadaires que nous quittons Air Force Ground, mais sur la route, nous rencontrons quelques jeunes gaillards mordus de foot qui ont participé à la sélection. Après quelques bavardages, ces derniers nous invitent à taper la balle au sein même de leur école. Evidemment, nous acceptons. Le RDV est pris !
Mercredi 11 novembre
On repart pour une matinée touristique en direction du fort rouge et, comme à chaque fois, une excursion dans la capitale demande une énergie considérable. Par conséquent, nous commençons notre périple par une collation au restaurant situé à quelques mètres de notre hôtel. Après cette pause gastronomique, les deux touristes sont prêts à se faufiler dans les ruelles inextricables de la ville, à supporter sa circulation anarchique (et la pollution qui va avec), et surtout à faire face aux harcèlements incessants des vendeurs ambulants.
Une heure et quelques gouttes de sueurs plus tard, nous voila au pied de la forteresse, en face de la porte de Lahore. Armés de leur caméra et de leur appareil photo, les deux cousins partent en expédition à l’intérieur de ce fort rouge et sont bien décidés à en percer tous les secrets.


Comme dans tous les complexes royaux des moghols, le fort abrite deux grandes salles d'audience, l'une publique et l'autre privée. Dans le Diwan i Am, l'empereur, assis sur un siège de marbre orné de pierres précieuses, recueillait les doléances des habitants. Dans le Diwan i Khas, il recevait ses intimes depuis son « trône du paon », siège en or et pierres précieuses qui fut emporté en Iran par Nadir Shah en 1739.
Un peu plus loin se trouve le Rang Mahal, palais des couleurs, qui abritait les épouses du souverain. Le plafond était recouvert d'or et se reflétait dans un beau bassin en marbre. Aujourd'hui il ne reste que le bassin en marbre, toutes les peintures, incrustations de pierres précieuses ont été volées au cours des saccages du fort après la chute des empereurs moghols.

Evidemment, il serait trop long de décrire les autres trésors dont regorge ce joyau. Par conséquent le narrateur de ce blog préfère inviter ses lecteurs à se documenter par eux même. Voila, ça, c’est fait.
Suite à cette matinée plutôt agréable, nous continuons notre route vers le stade Dr Ambedkar Stadium pour y rencontrer M.Bathia, notre secrétaire général de la fédération de foot de Delhi. Une fois sur place, une grande surprise nous attend. Le terrain est complètement colonisé par une infinité de jeunes filles, toutes habillées en tenue d’écolière et dansant sur une musique bien locale. Tous leurs mouvements sont parfaitement coordonnés. Ca swing à Delhi.
Evidemment, notre personnalité du foot est en retard, nous patientons alors, agréablement, en regardant les danseuses balancer leur corps sur le rythme mélodieux d’une musique indienne.
Une heure plus tard, M.Bathia, qui semble avoir un léger problème pour être à l’heure, fait irruption. Il nous invite à patienter de nouveau, le temps de rédiger une lettre en utilisant la bonne vieille méthode : la machine à écrire. Eh oui, ce serait intéressant de voir sa montre ! En tout cas, Thomas n’a pas pu s’empêcher de faire une bonne petite blague qui n’a fait rire que son créateur… (Une blague bien maline donc…)

Une fois, l’interview terminée, le secrétaire général nous invite à assister à l’entrainement d’une équipe féminine non loin de notre QG. Nous grimpons dans la voiture usée de notre hôte pour ensuite nous fondre dans la circulation infernale de New Delhi.
Une fois sur place, les joueuses sont aux vestiaires, l’entrainement est terminé. Zut nous arrivons trop tard ! A la surprise générale, M.Bathia interpelle l’équipe et demande de reprendre l’entrainement, pour qu’on puisse capturer leurs exploits sportifs en vidéos. Moment délicat puisque les filles étaient sur le départ…malgré cela, les joueuses remettent leurs maillots et pénètrent à nouveau sur le terrain. Elles jouent, nous filmons et les remercions…quand même, nous avons une réputation de Don Juan à tenir, nous les Français !
La journée se termine dans notre cellule où flotte une odeur de crotte de souris mais Thomas, rusé, met en pratique ses talents de baroudeur et bloque l’accès à la chambre aux petits rongeurs à l’aide d’un simple paquet de Marlboro contrefait !! Eh ouais, malin ce gaillard… (Il ferait mieux d’arrêter de fumer le gaillard…)
Jeudi 12 novembre
Au programme de la journée, visite du Qutb Minar, situé à 15km de Delhi. Pour s’y rendre, il faut attraper le bus 505. Et c’est parti, nous récoltons les informations contradictoires des locaux puisque nous ignorons où se trouve l’arrêt de ce fameux bus 505. Une fois trouvé, nous grimpons à l’intérieur du véhicule délabré et commençons un long voyage où la voisine de Romain lui fera l’honneur de vomir par la fenêtre.
Quelques dizaines de minutes écoulées, nous voila au pied de « la tour de victoire » plus connu par les locaux sous le nom de Qutb Minar. Il a la particularité d’être le minaret le plus haut d’Inde, et le troisième mondial (après celui de la mosquée Hassan de Casablanca) avec une hauteur de 72 mètres. Pour accéder à son sommet, il faut emprunter un escalier de 379 marches et posséder une bonne bouteille d’eau car son ascension risque d’être fatigante ! Aujourd’hui, cet exploit sportif est interdit au public à la suite de plusieurs suicides. Dommage pour les fous de l’association « MaisVousEtesFoot ! » qui auraient bien tenté l’aventure.


La visite s’achève au milieu de l’après midi mais nous restons dans les alentours car nous devons rencontrer Arup Das de l’assocation India Youth Soccer Association. Leur but : utiliser le football pour promouvoir le fair play, l’éducation et amuser les enfants des villages pauvres de Delhi. Le local, situé à une heure de la capitale, dans une école, regroupe majoritairement les enfants des villages alentours, tous issus d’un milieu défavorisé. Nous partageons un moment humain et une partie de foot incroyable avec les jeunes du centre. Une expérience très touchante.
Suite à ce match folklorique avec ces enfants attendrissants, nous bavardons avec les différents coachs de l’académie pour en connaitre davantage sur cette très belle initiative.
La journée s’achève à l’hôtel devant un bon petit film de Ben Stiller!
Vendredi 13 novembre
Comme convenu, nous attrapons le métro pour nous rendre en direction de l’école Bahrat, situé à la périphérie de New Delhi. Une fois sur place, nous contactons les élèves rencontrés lors de la sélection à Air Force Ground ; ils nous invitent aussitôt à taper la balle en compagnie du coach de football, de handball (un sikh avec son turban traditionnel) et des jardiniers ! Une partie de foot débute alors sous une pluie fine et sous le regard curieux de certains écoliers. Suite à ce match original, nous paressons un long moment dans le bureau de la directrice à échanger sur nos cultures respectives.
Samedi 14 novembre
Direction le stade de foot de New Delhi pour le mitrailler de photos. Seul hic, le complexe sportif est en construction, il est donc impossible de le visiter sans une autorisation signée. Après avoir reçu des informations contradictoires des gardiens postés tout autour du stade, nous contournons, sous un soleil cuisant, deux fois l’enceinte sportive sans trouver la personne pouvant nous délivrer ce fameux sésame. Aussi, nous décidons de capituler et hélons un autorickshaw pour nous rendre au temple Baha'i connu sous l’appellation de « temple de Lotus ».


L’originalité de cet immense sanctuaire vient de son architecture étonnante. Sa forme évoque une fleur de lotus blanche semi-ouverte qui ressemble étrangement au somptueux opéra de Sydney.
Inauguré en 1986, il a été construit par la secte Baha'i qui se veut un mouvement religieux universel et tolérant : le temple est ouvert aux croyants et non-croyants de tous horizons.
Après que Romain ait percé tous les secrets architecturaux de ce majestueux bâtiment, nous désertons les lieux pour nous rendre à notre QG situé à Main Market et préparer nos bagages car demain, nous reprenons la route pour rejoindre la ville de Le Corbusier : Chandigarh.
Dimanche 15 novembre
Lever matinal pour les deux cousins qui doivent se rendre à Chandigarh, ville située à environ 250km au nord de New Delhi. Après avoir bien galéré pour obtenir un billet de bus, le véhicule quitte la gare routière vers 12H. Installés confortablement à l’avant du bus, les deux cousins tentent vainement de s’occuper car la route risque d’être assez longue, environ 4H…Si tout se passe bien. Mais malheureusement pour nous, il nous faudra bien plus de temps pour atteindre la ville nouvelle de Chandigarh.
Deux heures après notre départ, le bus s’échappe enfin des interminables bouchons de la capitale et s’élance à pleine vitesse sur l’autoroute, la circulation semble être fluide, enfin ! Mais, il ne faut pas se réjouir trop vite car en Inde tout est possible! En effet, quelques minutes après, autre mauvaise surprise : notre véhicule percute une voiture. Cette dernière termine précipitamment sa course contre un muret en béton tandis que notre bus stoppe au milieu de la voie rapide, exécute une magnifique marche arrière pour ensuite se ranger sur le bas coté (et tout ça dans la bonne humeur et sans stress particulier). Les passagers, curieux pour la plupart, se ruent hors du bus, pour constater les dégâts. Heureusement, personne n’est blessé, juste de la tôle froissée.
Après un arrangement à l’amiable qui dure une bonne heure, le bus reprend sa route avec de légères avaries qui le condamnent à rouler doucement. Le trajet risque d’être plus long que prévu. Une heure passe, mais les dommages subis obligent le chauffeur à s’arrêter de toute urgence. Une fois sur le bas coté, le tas de ferraille délivre sa dernière parole en crachant un épais nuage de fumée noirâtre avant de s’éteindre pour toujours. RIP petit bus, repose en paix. Du coté des voyageurs, tous compatissent à cette mort tragique. Désemparé, le chauffeur rembourse à chacun le prix du billet pour ensuite disparaitre à l’intérieur de son bus et tenter de le réanimer, mais en vain !
Les passagers, désireux de continuer leur route, s’empressent de rejoindre le bas coté de l’autoroute afin de trouver une âme charitable susceptible de les amener à bon port.
Après un court moment d’attente, nous dégottons un mini bus qui accepte de nous embarquer. Cette fois-ci, le trajet se passera sans problème majeur ! Nous arriverons vers minuit.
Une fois à destination, débute un autre problème : celui de l’hôtel ! Tous proposent des prix inabordables et pour cause, Chandigarh est l’une des villes les plus chers d’Inde. Après avoir erré une bonne heure dans les rues sombres de la ville à la recherche d’un toit, nous décidons de nous écarter du centre ville en espérant dégotter une chambre à un bon prix. Avec l’aide d’un Indien, nous trouvons un hôtel à un prix raisonnable dans un quartier populaire ! Il est deux heures du matin, nous sommes morts d’épuisement mais contents d’être enfin arrivés.
Lundi 16 novembre
Grasse matinée pour les deux cousins, qui l’ont bien mérité, suivi d’une visite expresse de cette étonnante ville planifiée par l’architecte Le Corbusier.
Chandigarh, créée à la suite de l'Indépendance de l'Inde, se voulait, par ses créateurs, être une ville modèle, à la fois belle, fonctionnelle, et citoyenne. Le Corbusier, architecte, urbaniste de nationalité suisse naturalisé Français en 1930, essaya notamment d’allier technologie avancée et culture indienne afin de représenter un idéal aux yeux de tous les pays du Tiers-monde. Il renonce au concept de la ville verticale qu‘il a souvent préconisé et opte pour une cité horizontale divisée en plusieurs secteurs, désignés par un numéro de 1 à 60 (Le Corbusier fit omettre le 13). (Merci internet)
En plus de concevoir une ville "de marche et de voitures", dans laquelle véhicules motorisés et piétons ne devaient pas se croiser, ce grand architecte tente de faire de Chandigarh une ville verte en aménageant de nombreux espaces verts inconstructibles.
Malheureusement, cette ville nouvelle, conçue pour abriter 500 000 âmes, compte aujourd’hui, avec sa proche périphérie, environ un million. Résultats: la ville étouffe sous la pollution et le manque d’eau. Les logements manquent aussi d’où une prolifération de bidonvilles et d’abris précaires construits à l’emplacement de ce qui devait constituer des espaces verts.

Avec grand plaisir notre architecte Romain, scrute chaque détail de cette ville hors norme mais le temps presse car les deux aventuriers doivent se rendre à l’académie de Chandigarh pour y rencontrer Harjinder Singh, ancien international indien et aujourd’hui coach. Une fois sur place, nous rencontrons les académiciens, les entraineurs avec qui nous bavardons un long moment. Harjinder Singh, nous invite à revenir demain pour taper la balle avec les joueurs. Evidement, une telle proposition ne se refuse pas.
Mardi 17 novembre
Lever matinal pour les cousins car ils doivent se rendre dans le quartier qui héberge le complexe du Capitole conçu par Le Corbusier, pour y admirer ses œuvres gargantuesques. Mais avant de pouvoir pénétrer dans le centre administratif et politique de la cité, il est nécessaire de se procurer un document officiel nous autorisant à visiter les bâtiments. En route donc pour le secteur 1 à la recherche du précieux sésame. Après s’être fait balader de service en service, nous obtenons enfin l’autorisation.
Une fois a l’entrée de la zone ultra protégée, nous apercevons trois imposants bâtiments en béton armé, le matériau de prédilection de Le Corbusier. Munis de notre document officiel, nous franchissons plusieurs postes de sécurité, subissons une fouille et sommes escortés par un militaire tout le long de la visite. Ca ne plaisante pas ici et pour cause, l’immense monument est à usage gouvernemental, dans une région proche de l’instable frontière pakistanaise. Après avoir cheminé dans les innombrables couloirs du bâtiment, notre GI’, reconverti en guide muni d’une mitraillette, nous conduit sur le toit de ce chef d’œuvre architectural. Romain bombarde le monument de photos, tandis que Thomas contemple le magnifique paysage.

Après cette visite sous haute surveillance, nous continuons notre route vers l’Assemblée. Une fois le document remis à la personne concernée, nous sommes une nouvelle fois escortés par une sorte de guide qui nous conduit dans la sublime salle du conseil. Grand moment de méditation pour les deux cousins face à cet ouvrage hors du commun. Même Thomas, pourtant ignare en architecture, reste bouche bée devant une telle splendeur.
Emus, nous quittons l’Assemblée, en direction de l’académie de foot de Chandigarh.
Sur la route, Romain fait partager à son cousin, ses impressions sur les œuvres colossales de Le Corbusier et le constat est clair : les deux réalisations de l’architecte Français sont dans un triste état à cause du manque d’entretien. Il faut dire que le béton armé n’était pas réellement le matériau idéal pour une ville où les effets de la chaleur, conjugués à ceux de l’humidité, accélèrent la dégradation des édifices.
Pour Thomas, les austères bâtiments du Capitol Complex, couplés aux innombrables postes de sécurité, de fils de fer, et d’un parking grillagé près de la Haute Cour de justice évoquent plus l’ère de la Guerre froide que les espoirs d’une démocratie naissante…
Débat donc dans le rickshax qui nous mène à l’académie de Chandigarh. Une fois arrivé, Romain fixe ses crampons, revêt son beau maillot jaune du « FC loose » et c’est parti pour un match d’anthologie avec les académiciens et ce, jusqu'à la tombée de la nuit.
Mercredi 18 novembre
C’est sous la douceur de la brise matinale que nous partons rejoindre l’association Choti Si Asha dont le but est d’accueillir les enfants issus des quartiers défavorisés et de les occuper via le sport, l’art ou l’éducation. Accueillis par Lyssa, à l’origine de cette très belle initiative, nous faisons connaissance avec les occupants du centre dont l’âge est très variable. Après avoir acheté un ballon chez le marchand du coin, nous organisons un foot très comique avec les enfants. Evidemment, le match est totalement décousu mais la joie de pouvoir taper le cuir se lit sur les visages des bambins. C’est un plaisir pour l’association « MaisVousEtesFoot ! » de partager et de donner un moment de bonheur à ces jeunes qui, pour la plupart, connaissent un quotidien souvent difficile. On sympathise, on rigole, on s’attache à ces petits gaillards hors du commun. Très belle leçon de vie et d’humanité.

Malheureusement, il est l’heure pour nous de quitter les lieux car nous devons rencontrer pour une interview à 15h, Harjinder Singh, le coach de la Chandigarh Academy. Après avoir fait nos adieux avec les occupants du centre, nous disparaissons à bord d’un autorickshaw.
15h, nous voilà sur la pelouse déserte de l’académie. Les joueurs arrivent au compte goutte sur le terrain mais aucune trace du coach. Romain intègre alors l’entrainement aux cotés des académiciens en attendant son arrivée. L’ancien international Indien pointera le bout de son nez à 16h30, soit 1h30 de retard. Une fois l’interview dans la boite noire de notre belle caméra, nous désertons le centre en direction de notre hôtel pour y passer une sacrée soirée (et sans JP, heureusement).
Jeudi 19 novembre
Retour au Complex Capitol pour y passer une bonne partie de la journée. Après quelques difficultés pour franchir le poste de sécurité (avec mitrailleuse sur trépied SVP) de la Haute Cour de Justice, nous découvrons un bâtiment qui reflète bien le génie de Le Corbusier. Des courbes voluptueuses en béton armé, des longs couloirs baignés de lumière naturelle et des pans de murs colorés. Bref, une très belle réalisation qui laisse Romain stupéfait.


La visite se termine par le Rock Garden, un jardin de sculptures sur 12 hectares conçu par Nek Chand, en 1958. La matière première de ces nombreuses statuettes est constituée de pierres provenant des contreforts de l’Himalaya et d’une multitude de déchets urbains récupérés : fil de fer rouillé, tôle usagée, pièces détachées de bicyclettes, tuyaux abandonnés, bracelets brisés.
L'artiste autodidacte Nek Chand a concrétisé son rêve en édifiant un jardin féerique devenu aujourd'hui, le deuxième site d'Inde le plus visité après le Taj Mahal. Quand même !
Après avoir traversé ce monde imaginaire, fruit de l’imagination d’un génie d’une autre époque, nous retournons dans notre belle chambre vétuste pour prendre une petite douche et préparer nos sacs, car demain c’est le départ pour Agra, la ville du Taj Mahal. Mais avant, nous sommes conviés par Lyssa à diner dans un restaurant chic de la ville en compagnie de son mari. Moment très sympathique !
Vendredi 20 novembre
Lever vers 6h pour attraper un bus en direction de New Delhi. Heureusement pour nous, le voyage se déroule sans pépin majeur. Arrivés à la capitale Indienne, nous empruntons les transports publics pour nous rendre à la station de bus située à l’autre bout de la ville. Une fois arrivés, nous grimpons enfin dans un bus en direction d’Agra, puis quittons pour la deuxième fois, la gigantesque ville de New Delhi. Quelques heures après, nous voilà dans l’état de l’Uttar Pradesh, au sud de la capitale et plus précisément à quelques mètres seulement du mythique Taj Mahal. Le pied !
Samedi 21 novembre
Nous amorçons notre séjour dans la ville par l’achat de nos billets de train en direction de Vârânasî, prévu pour lundi soir car en Inde, mieux vaut réserver à l’avance si on veut voyager dans des conditions à la limite du supportable. Tickets en poche, nous partons visiter le centre ville en déambulant dans les avenues congestionnées d’Agra. Le soleil entame son déclin quotidien pour se camoufler rapidement derrière l’enfilade d’habitations aux façades recouvertes d’un léger tapis de pollution. La chaleur qui frappe la ville durant la journée se dissipe peu à peu, rendant l’excursion vivable. Suite à un léger détour dans les quartiers populaires, oubliés des touristes et pourtant fort accueillants, nous regagnons notre hôtel sereinement. Après un petit coca sur le toit de notre hôtel, avec une vue imprenable sur le Taj, nous partons casser la croute dans un restaurant local très appétissant.


Dimanche 22 novembre
Un court trajet dans un vieux bus local et nous voila à Fatehpur Sikri, ancienne capitale impériale de l’empire moghol de 1571 à 1581 située à environ 40 km d’Agra. Pour bien appréhender la culture Indienne, il faut évidement s’intéresser au passé du pays. Eh oui mes amis ! Commence alors, pour les deux cousins, une longue marche sous une chaleur atroce, sur les pas d’une ancienne civilisation qui occupe beaucoup de pages dans les livres d’histoires Indiens, celle des Moghols.
Fatehpur Sikri est une splendide ville impériale dont les bâtiments de grès rouge sont dans un parfait état de conservation. L’histoire de la naissance de cette mystérieuse cité fait l’objet d’une légende : à Sikri vivait un saint, qu’Akbar, en mal d’héritier, alla consulter ; un fils naîtra l’année suivante et Akbar, reconnaissant, fera construire un palais en ce lieu. Des milliers d’artisans vont alors faire surgir la ville de Sikri, rebaptisée Fatehpur « la ville de la victoire » par Akbar. Mais il l’abandonne, 14 ans après, pour repartir en campagne. Désertée, en raison du cruel manque d’eau, Fatehpur deviendra une ville fantôme.


Cette magnifique cité-fortifiée, planifiée pour être le centre administratif de l’Empire, montre un mélange unique de différentes traditions architecturales. Bien que la disposition générale et la conception des bâtiments, se conforment au modèle islamique, les bâtiments eux-mêmes, en majorité des palais, et leur ornementation, colonnes, voûtes fleuries, décors sculptés connaissent une influence fortement hindoue.
Après une longue journée de visite, nous désertons ce lieu magique, pour regagner Agra. Nous partageons la fin de soirée avec un couple français, sur la terrasse de l’hôtel, à relater nos aventures respectives.
Lundi 23 novembre
Dernière journée à Agra avant de partir ce soir pour Vârânasî, la capitale sainte de l’Hindouisme. Mais avant de grimper dans le train, une grosse journée nous attend. Au programme : excursion du majestueux et incontournable Taj Mahal suivi de l’imposant fort d’Agra.
Pour commencer, lever à 6h du matin pour admirer la grosse meringue sous la douce lumière naissante du soleil. Aucune ressemblance avec une île flottante ! Mais avant, il faut passer un poste de sécurité plutôt musclé. Ordinateur portable, cigarettes, briquets, piles… sont strictement interdis à l’intérieur du Taj Mahal, ce qui peut énerver certains, mais une fois dans l’enceinte qui abrite la perle blanche, la magie des lieux apaise vite le touriste grognon.


Le Taj Mahal ! Un rêve d'amour ! Construit en marbre blanc, étincelant sous le soleil de midi, orange au coucher et au lever du soleil, ce bâtiment sublime est une preuve d'amour.
L'amour fou que portait l'empereur moghol Shah Jahan à sa femme Mumtaz Mahal morte en mettant au monde son quatorzième enfant (alors qu'elle en avait déjà perdu huit).
Le Taj Mahal est donc un tombeau, le plus magique des mausolées, rendu célèbre par la beauté de ses proportions alliée à une symétrie parfaite. Le monument de forme octogonale, coiffé d'un dôme principal autour duquel sont disposés quatre dômes plus petits, est planté sur une terrasse en marbre blanc d'où jaillissent aux quatre coins, de hauts minarets. De part et d'autre du Taj Mahal, deux édifices en grès rouge complètent harmonieusement l'équilibre de l'ensemble. L'un d'eux est une mosquée. Les jardins, les bassins dans lequel le Taj se reflète, accentuent encore l'effet de symétrie.
Dès qu’on arrive sur les lieux, on aperçoit, dans l'embrasure d'une porte ogivale, se dessiner le mausolée. Lointain, irréel d'abord, fidèle à l'image qu'on attend. Quand on s'approche, il prend de l'épaisseur, il révèle des détails, incrustation de pierres semi-précieuses, sculpture en relief, ciselure du marbre, versets du Coran…
Dès que le soleil commence son ascension pour venir se loger entre deux hauts minarets du Taj, qui s’inscrivent sur un ciel orangé dramatique propre au petit matin Indien, la magie est à son apothéose, qu'importe l'angle duquel on se place, la beauté de la grosse meringue est époustouflante. Vient se conjuguer à cette douce lumière naissante, une légère brume enveloppant la perle blanche de l’Asie lui donnant un coté féérique et surnaturel. Pas étonnant que ce chef d’œuvre, vision matérielle de l’amour d’un empereur déchu, soit considéré comme l’une des sept merveilles du monde.


A l'intérieur se trouvent les deux cénotaphes (répliques des tombeaux) de Shah Jahan et son épouse Mumtaz Mahal enfermés par un treillage en marbre d'une grande beauté. Les tombeaux originaux sont à l'abri sous la crypte.
A l'origine, le Taj Mahal n'avait été prévu que pour abriter la seule tombe de Mumtaz Mahal. L'empereur ayant commencé, pour lui-même, la construction d'une réplique du Taj en marbre noir, n’a pas été achevée car il fut emprisonné dans le fort rouge par son fils Aurangzeb, qui lui arracha le pouvoir après avoir tué ses trois frères. L’empereur passera ses dernières années à contempler par-delà la rivière Yamuna, le Taj Mahal où repose sa bien-aimée. A sa mort, le fils jugeant inutile de faire continuer les travaux du mausolée noir, fit mettre son père aux côtés de son épouse dans le mausolée blanc cassant alors la symétrie parfaite de l’ensemble.
La visite se termine en fin de matinée.
Après avoir avalé un bon plat traditionnel, les deux cousins se rendent à l’intérieur du fort rouge d’Agra à l’aide d’un autorickshaw.
Situé sur la rive nord du fleuve Yamuna, de l'autre côté du Taj Mahal, la construction de cette forteresse en grès rouge commença en 1565, sous le règne de l'empereur Akbar, et s'acheva en 1571, sous le règne de Shah Jahan, petit-fils d'Akbar. A l'intérieur de ces murailles ont été édifiés plusieurs palais et mosquées, de grès rouge et de marbre blanc. C'est un véritable labyrinthe de bâtiments qui forme une petite ville dans la ville. Ces monuments abritaient en leur temps des chambres, des halls de réception privés et publics, des appartements d'été et d'hiver ainsi que des lieux de prière.
La meilleure façon de visiter cette citadelle est de se perdre dans les entrelacs des ruelles qui découpent cette forteresse en de nombreux quartiers, abritant chacun des bâtiments au style impérial Moghol d’une beauté rare.
Une fois la visite terminée, nous récupérons nos gros sacs à l’hôtel et partons tranquillement à la gare d’Agra pour embarquer en direction de Vârânasî, la ville sainte de l’Hindouisme.
Comme à chaque fois en Inde, prendre le train se révèle être une aventure qui commence dès que l’on pénètre dans la gare. Malgré l’heure tardive, le hall grouille encore de monde. Il y a bien quelques bancs, mais c’est surtout assis ou allongés par terre que les passagers préfèrent attendre leur train. Certains dorment à même le sol, tellement immobiles qu’ils paraissent morts et pas même les effluves âcres du restaurant voisin ne semblent perturber leur sommeil. Armés de nos gros sacs, nous longeons le train à la recherche de notre wagon sans échapper évidement à la curiosité des badauds indiens qui nous dévisagent. Les premiers wagons de places assisses de seconde classe sont pris d’assaut par une marée humaine que la promiscuité ne semble pas déranger outre mesure. Viennent ensuite les secondes classes sleepers (soit 8 couchettes par compartiment), au confort plutôt rudimentaire avec des lits 100% métalliques recouverts d’un léger matelas rudimentaire. C’est dans un wagon de ce type que nous voyagerons.
Une fois installés, le train part enfin. Avant de sombrer dans les bras de Morphée, les deux cousins s’organisent car l’étroitesse des couchettes demande une très bonne logistique. Nous glissons nos gros sacs sous la banquette du bas et positionnons nos sacs à dos sous nos têtes en guise d’oreiller. Une fois allongés et bercés par le bruit du train et par les ronflements incessants des passagers, on finit enfin par s’endormir en se demandant dans quelle galère on s’est encore embarqué. Le matin, les deux cousins se réveillent aux cris des vendeurs ambulants qui arpentent le train de long en large, pour y vendre du chai (thé indien), de l’eau ou du samossa (beignet de légumes). L’avantage avec ce système, c’est qu’on n’a pas besoin de s’embarrasser de provision pour le voyage. On trouve toujours de quoi se sustenter dans les trains Indiens.
En ce qui concerne le passe-temps, il suffit de pivoter la tête en direction de la fenêtre pour admirer le paysage défiler à vive allure. Une véritable fête pour les yeux. On y voit des grandes étendues vertes colonisées par les agriculteurs, des enfants qui s’amusent, des chèvres et des vaches qui broutent les détritus qui tapissent les abords de la voie ferrée. Mais aussi, se mêlant au flot des voyageurs, tout le petit peuple vivant autour des trains et de leurs passagers : vendeurs d’eau, de thé, de café, de beignets, mendiants infirmes etc.… Bref, on ne s’ennuie pas !!
Mardi 24 novembre
Nous arrivons en gare de Vârânasî vers 11h, les passagers quittent leurs wagons respectifs pour former rapidement une marée humaine dans le hall de la gare, identique à celle d’Agra. Les deux cousins, compressés entre un Indien transportant des kilos de valises et une famille de quatre enfants, trouvent enfin la sortie. Nous attrapons un autorickshaw et disparaissons dans la circulation insoutenable de la ville sainte.
Avec avoir cheminé dans les méandres des étroites ruelles du centre de Vârânasî, nous dégottons un hôtel à proximité des Ghats et, surprise, Thomas voit apparaitre, sur le registre, le nom de Noémie et Anne Cécile, deux de ses amies de France. Nous grimpons sur le toit de l’hôtel, qui fait guise de restaurant et qui offre une vue imprenable sur la ville, puis rencontrons les deux tourangelles, installées tranquillement à une des tables. Après quelques embrassades et plusieurs sourires, nous restons un moment ensemble pour raconter nos aventures respectives et obtenir quelques nouvelles de la France. Ah ouais, que ca fait du bien de voir des amis ! Quelques instants après, apparaissent derrière l’embrassure de la porte, quatre têtes familières, rencontrées un mois auparavant au Laos. Quatre français qui baroudent depuis quelques mois en Asie. L’occupation Française débute !


Les heures défilent et nous décidons de profiter des derniers rayons de soleil pour admirer la ville sainte. C’est sur les bords des Ghats, berges recouvertes de marches de pierre qui permettent aux dévots hindous de descendre dans le Gange, que la visite commence. A proximité de notre hôtel, se trouve le ghât Manikarnika, celui de la crémation, le plus ancien et le plus sacré de Bénarès (nom donné sous l’occupation britannique).
Selon la mythologie hindoue, un corps brûlé ici échappe au cycle des renaissances, les cinq éléments dont il est composé retournent à leur place par le feu. Se trouvant au centre des cinq « lieux saints », Manikarnika Ghât symbolise la création et la destruction. A Manikarnika Ghât, les âmes des restes mortels confiés aux flammes avec des prières, reposent dans la paix éternelle, et espèrent ainsi atteindre le nirvana. Pour l’hindou, la mort est vue comme une libération.
Environ 200 crémations quotidiennes, le corps met aux alentours de 3 heures à se consumer entièrement et nécessite 350 kg de bois. Le bois le plus recherché (bois de santal) peut coûter jusqu’à plus de 150 roupies le Kg. Ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir un tel bucher peuvent opter pour un bois de classe inférieure, beaucoup moins cher, mais qui se consume mal, à environ 5 à 8 roupies le kg. A Bénarès, il existe un autre ghât où un crématorium électrique a été construit il y a une vingtaine d’années, il est réservé aux personnes plus pauvres. Une crémation revient chère pour l’Indien car il doit payer en plus du bois (environ 900 euros), le sari, le feu éternel... Somme exorbitante quand on sait que le salaire moyen journalier d’un Indien est de 1,5€.
Les femmes n’assistent pas aux crémations, leurs pleurs et lamentations risquant d’empêcher l’âme du défunt d’atteindre le nirvana. Il n’y a encore pas si longtemps, la tradition voulait que la veuve se laisse brûler vive sur le bûcher de son mari, de façon plus ou moins consentie. Les autorités britanniques mirent fin à cette coutume barbare en 1829.
Une fois la crémation terminée selon un rite bien défini, l’homme qui s’occupe d’attiser le feu, jette les cendres du défunt dans le fleuve, puisque l’âme du mort a enfin rejoint le ciel.
Selon un indien, rencontré au bord du crématorium, les Sadhus, grands sages coiffés de dreadlocks et considérés comme saints en vertu de leur savoir spirituel, les enfants de moins de 11 ans, les femmes enceintes, les malades de la variole, les victimes de morsure de cobra et les vaches sont considérés comme purs et donc dispensés de la purification par le feu. A leur mort, ces derniers seront immergés dans le Gange, une pierre attachée autour du cou pour éviter que le cadavre ne flotte a la surface de l'eau.


Après une petite heure à observer ce macabre spectacle, nous arpentons le long des Ghats, il est évident, à la vu des imposants monuments qui bordent le Gange et de la population qui colonise ces escaliers en pierre que Vârânasî est une ville fascinante qui regorge d’un grand nombre de richesses, aussi bien culturelles qu’architecturales. Selon Mark Twain: "Bénarès est plus vieille que l'histoire, plus vieille que la tradition, même plus vieille que la légende, et elle a l'air d'être plus vieille que toutes les trois ensemble."
Une fois la nuit tombée, nous regagnons l’hôtel et partageons la soirée avec nos amis français.
Mercredi 25 novembre
Lever vers 4h30 pour assister au lever du soleil sur les bords des Ghâts, qui selon quelques sources, est un spectacle à ne pas manquer. Nous affrétons une barque puis longeons les bords de la vieille ville. Tandis que le soleil commence sa longue ascension vers les cieux, bombardant la capitale sainte d’une douce lumière nacrée, les fidèles, eux, descendent les ghâts pour saluer l’astre qui se lève. Les marches raides qui conduisent jusqu’au fleuve sacré prennent alors progressivement vie, on aperçoit des personnes prenant leur bain pour se purifier, des prêtres pratiquant la méditation, le yoga et offrant le puja, sorte de rituel dont le but est d’établir, avec les mondes subtils, un lien de communication psychique.
En plus des baigneurs, il y a des dhobi qui lavent des vêtements en les frappant contre des pierres plates au bord du fleuve.

Les saris de couleurs vives, conjugués à la lumière du soleil levant, ainsi que la présence des Sadhus, colorent un peu plus les Ghats. Un tel ballet de couleur est un véritable plaisir visuel.
La ballade terminée, nous regagnons l’hôtel pour y prendre le petit déjeuner, se reposer et se perdre dans l’entrelacs des ruelles de la ville sainte en prenant garde à ne pas déraper sur une bouse de vache.
Jeudi 26 novembre
Contactés la veille par Shamsuddin, le directeur du centre, nous partons, tôt le matin, à Varanasi Football Academy pour participer à l’entrainement. Une fois sur place, Romain endosse, une nouvelle fois son beau maillot jaune du FC Loose puis intègre l’équipe. Au programme : course, mini-match puis un tennis ballon. Le soleil se lève mais reste tapi derrière une légère couche de pollution, baignant le terrain d’une ambiance estivale. S’ajoute à cette bizarrerie climatique, une légère brume matinale qui parait jaillir de la pelouse fraiche du terrain. L’entraînement terminé, nous désertons le centre pour nous rendre, dans l’après midi, chez Shamsuddin, afin de procéder à une interview. Celui-ci se prête parfaitement au jeu.
Enfin, pour conclure cette lourde journée, nous partons en compagnie de Noémie et Anne Cécile, au cinéma, voir un très bon film Indien dont le nom m’a échappé. (Le président n’ayant pas oublié, lui, ce film s’appelle Kurban et traite du terrorisme dans les milieux islamistes indiens)
Vendredi 27 novembre
Repos et visite de la ville.
Samedi 28 novembre
Dernière journée à Vârânasî avant de quitter l’inde du nord car demain, nous partons vers Mumbay, la ville de Bollywood.
Mais avant, petite escale dans un quartier de Vârânasî pour faire du shopping. Après s’être perdus dans un dédale de petites rues, nous atteignons enfin la boutique recherchée. Nous consacrons un bon moment à examiner les précieuses denrées du marchand et achetons, après un long moment de réflexion, quelques écharpes en Pashmina ainsi qu’en soie. Le deal bouclé, nous flânons dans les ruelles du quartier, hors des sentiers touristiques, et découvrons un autre visage de l’Inde. Enfin, nous pouvons nous promener sans être harcelés par des marchands ambulants ou sans être alpagués par des chauffeurs d’autorickshaw. Ici, les relations sont simples et saines, quel plaisir !


Dimanche 29 novembre
Après un léger détour cher le marchand d’écharpes pour récupérer nos achats de la veille, direction la gare de Vârânasî. Deux jours de train sont nécessaires pour traverser 1600 km. Voila le prix à payer pour pouvoir se rendre à Mumbay, la ville d’Inde la plus peuplée du pays. Bye bye l’Inde du nord, good morning l’Inde du sud !